29 juillet 2018

Pélerinage 2015

GSM

Ces premiers jours de juin 2015, laissent en moi une floraison d’images, d’impressions et de sentiments. Le voyage (1900 km), la chaleur rencontrée, les paysages lumineux, le recueillement et le souvenir plein d’émotion.
 
Mes chers parents; je suis content d’être allé vous voir. J’ai hélas constaté que personne n’était venu depuis deux ans. J’ai gueulé à cause de ma sœur qui avait foutu une bougie que la chaleur avait fondue, dégueulassant ainsi votre dernière demeure. J’ai pesté d’être obligé de m’agenouiller, pour nettoyer comme j’ai pu, cette tache marron sur la moitié du marbre.
 
J’espère que vous me pardonnerez d’avoir proféré les pires injures à l’attention de votre fille. Le ciel l’a par ailleurs bien punie pour ses méfaits envers Maman.
 
Quant à ma nièce, que vous avez entièrement élevée, elle n’est pas venue vous voir depuis 2011, alors qu’elle habite à moins de 6 km… Quelle ingratitude !
Et je serais allé la voir, elle ? Et bien non, je ne suis pas passé chez elle, parce que mes propos n’auraient sûrement pas été très amènes…
 
Je vous ai rajouté un petit pot de fleurs en tissu, les autres étant très abîmés par les années. La prochaine fois, je commencerai à remplacer les fleurs en lambeaux, je repeindrai le socle en bois tout écaillé de la dernière plaque de marbre et j’essayerai de nettoyer le reste des traces de la tache.
 
Une fois rentré chez moi, il faudra que je téléphone pour demander un duplicata de la concession de 99 ans, car la mairie était fermée ce jour là.
 
On a discuté, ce jour-là. Certes, personne n’était là pour entendre mon monologue. Mais moi, j’ai entendu vos réponses et après tout, c’est l’essentiel.
 
Je vous ai promis de revenir, mais peut-être pas l’année prochaine ; c’est si loin et cela coûte si cher. Mais cela devrait pouvoir se faire, d'après mes calculs.
 
Vous m’avez suggéré que vous étiez tout le temps avec moi, de toute façon…

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22 juillet 2018

C’était le 21 février 2005. Plus de treize ans déjà !

GSM

Que n’es-tu encore là ? C’est à la période de ma vie où je te comprends enfin, où j’aurais le plus besoin de parler avec toi, que je ne peux plus le faire.
Comment as-tu géré la séparation avec tes enfants ? Combien tu souffrais à chaque fois que nous partions ? L’inquiétude que tu avais pour notre santé et notre réussite ?
 
J’ai mille questions à te poser, mais tu n’es plus là. Toi, le roc, l’icône, en qui j’avais une foi immuable, une confiance absolue.
Je ne t’ai pas vu vieillir. Tu m’as dit en 2004 «  Tu vois, cette fois le bon Dieu ne sauvera pas ma vie une troisième fois. Pour moi, c’est bientôt l’heure du départ ».
J’ai hypocritement répondu « Mais non Papa »… Que ne t’ai-je pas serré dans mes bras ? Que ne t’ai-je dis « Tu me réserveras une place là haut mon Papa », plutôt que de nier une évidence que tu étais prêt à affronter…
 
Mais ce 21 février 2005, à vingt heures et 17 à 20 minutes, j’ai senti ton âme qui s’envolait. Je sais depuis ce jour, que tu es éternel. Je sais que je te reverrais. Et même si tu me manques maintenant, même si tes conseils et ta sagesse me font défaut, je sais que nous nous reverrons bientôt.
 
Mon Papa, tu es aux cieux ;
Que ton nom soit sanctifié ;
Que ton repos soit éternel ;
Que tes conseils me parviennent du haut de ton ciel.
Donne-moi aujourd’hui ta force pour demain.
Pardonne mes offenses et apprends-moi à pardonner à ceux qui m’ont offensé.
Ne me laisse pas succomber à la tentation.
Et délivre-moi du mal.
Je t’aimerai toujours,
Mon Papa.
 

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21 juillet 2018

Une explosion de bonheur (2)

GSMSuite de : http://zalandeau1.canalblog.com/archives/2018/07/08/36534857.html

 

Nous sommes fin août 2015.

 

Mon fils cadet a commencé son travail dans le " Nooooord ", le 1er Juillet. Une semaine et demie à jouer l’esclave de la machine qui va très vite et qui demande à manger en permanence.

 

Crises de colères dans l’atelier du genre « Qu’est-ce que je fous là ? C’est bien la peine d’avoir fait autant d’études ! », heureusement couvertes par le bruit des machines…

Mais malgré tout, ses colères sont entourées d'une envie de s'obstiner et non d'abandonner...
 
Puis deux semaines en Allemagne pour être formé aux nouvelles machines… Tranquilos, à l’aise Blaise, michto benez !
 
Puis, affectation depuis la dernière semaine de juillet dans son usine, avec deux autres gus. Manque de pot, le retard des travaux de construction, de l’installation technique, des réglages, fait que le client a retiré des pièces livrées, pour les usiner lui-même…
 
Or, sans pièces, pas de réglage possible et sans réglage, pas de pièces…
 
Comment va se terminer cette affaire ? Déjà deux jours à la maison au mois d’août (certainement non payés)…
Déjà 24 jours de trajets, parce qu’il n’a pas pris le risque de chercher un studio (il est en période d’essai, oui, mais il est le seul à se taper 150 bornes par jour…) et parce qu’il n’ose pas demander un créneau libre à cause de ses horaires au jour le jour (Difficile de prendre un rendez-vous dans ces cas-là ; il faudrait peut-être qu’il ait des c……. au c..)…
 
Toto a changé ! Il est rebelle et taciturne comme un adolescent… Enfin, il y a quand-même un progrès : il est moins enfant, mais pas encore un adulte dans sa tête…
 
Je m’implique un maximum pour lui chercher des logements, j’en ai trouvé 6, mais au-delà, je ne sais pas faire : C’est à lui qu’il faut que cela plaise, c’est à lui de visiter (même si je suis prêt à le conseiller en la matière, à sa demande)… C’est un homme et je lui laisse prendre ses responsabilités.
En fait c’est un petit homme qui se comporte sur certaines choses comme un enfant.
 
Quand je pense qu’à seize ans je me démerdais seul pour mes démarches, n’ayant recours à mes parents que pour les documents ou autorisations que seuls eux détenaient…
 
Enfin, il s’endurcit, même s’il ne fait pas toujours les bons choix dans ses décisions…
 
Les bons conseils sont ceux que l’on donne, mais jamais ceux que l’on reçoit, c’est en cela que je vis sa période d’adolescence attardé…
 
On est là pour toi, mon bonhomme, mais on s’efface, pour que tu t’affirmes…

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17 juillet 2018

Mémoires et radotages (183) – Du Mondial 98 à la coupe du monde 2018

GSM

Je me souviens d’un premier match du « mondial » 98…
 
C’était un vendredi… J’avais fini un chantier de bonne heure et je suis donc rentré chez moi plus tôt qu’à l’ordinaire… Mes trois petits qui avaient 15, 9 et 6 ans étaient assis en rang d’oignon sur le canapé… Ils arboraient des chapeaux et des colifichets à la couleur des Italiens, ceux à la couleurs des Français étaient tous vendus et ma femme qui n’y connaissait rien, avait pris ce qui restait…
Ils attendaient le début d’un match du « mondial » (il fallait prononcer à l’époque « Moundial », maintenant on dit « coupe du monde », tout simplement). Il s’agissait du match France-Italie… J’ai décidé d’accompagner mes gamins et je me suis mis à coté d’eux, contents qu’ils aiment regarder le foot, mais après qu’ils m’aient confirmé que, malgré leurs chapeaux aux couleurs Italiennes, ils supportaient l’équipe de France et non les ritals !
 
C’est ainsi que j’ai suivi les trois derniers matchs de cette coupe du monde 1998, avec mes fils enthousiastes et moi, content d’être avec eux…
Nous avions gagné la coupe en 1998, comme chacun sait…
 
Par la suite, au fil des coupes du monde, je ne regardais pas tous les matchs, mais à chaque fois que je regardais un match impliquant l’équipe de France, je dis bien à chaque fois, elle perdait, que ce soit en coupe du monde, ou en coupe d’Europe…
L’année du coup de boule de Zizou : Bananés !
En Afrique du sud, la grande honte avec ces joueurs voyous et ce sélectionneur de merde : Bananés !
J’en passe et des meilleures !
 
A chaque fois que je regardais un match impliquant l’équipe de France, elle était battue !
 
A tel point qu’en 2018, j’ai tiré un postulat : Si je ne regarde pas les matchs en direct, l’équipe de France gagnera !
Aussi, cette année, je n’ai regardé aucun des matchs de la coupe du monde impliquant la France ! Ce fut dur de résister, mais mon désir qu’elle gagne, était encore plus fort !
 
Et nous avons gagné ! Mon postulat s’est donc vérifié ! Je portais le mauvais œil à ceux que je regardais sur le petit écran en direct ! La bonne preuve, c’est au jour du défilé du 14 juillet précédent, quand j’ai pensé que les deux motards de la gendarmerie allaient se prendre une gamelle, ils se sont viandés aussi sec !
 
Ainsi, je me suis sacrifié pour que le onze tricolore gagne ! Et ça a marché !
 
Aujourd’hui, sur les Champs Elysés, ce n’est pas l’équipe de France, mais moi qui devrait être acclamé par la France entière en délire : J’ai permis, tel un héros de la Grèce Antique, que mon sacrifice fasse triompher les couleurs de la France !
 
Je vous ai fait gagner, non ?
 
Alors, Vive la France et vive moi !
 
Bref ! Plus sérieusement : Maintenant que j’aie quand même mérité le droit de voir au moins la finale en différé… Je ne parviens pas à la trouver sur internet !... Qui m’aidera à trouver un téléchargement gratuit ?

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08 juillet 2018

Une explosion de bonheur

GSM

C’était le 21 mai 2015. Je l’avais emmené dans ce pays du Nord, ce " Nooooord " que décrit Galabru dans " Bienvenue chez les Chtis ".
Comment exprimer combien nous avons été étonnés de l'hospitalité et de la chaleur humaine dans le bistrot de cette petite agglomération ? Tous les gens nous avaient serrés la main, sans nous connaitre, tout le monde disait bonjour et au-revoir, comme nous le faisions nous-mêmes… C’était un rêve éveillé. Tout l’opposé de la région féodale où nous avons le malheur d’habiter. Quand une personne que l'on ne connait pas, nous serre la main par chez nous, on dit qu’il doit être simplet ; quant à la politesse, elle n’existe pas… Alors que là-bas, dans le " Noooord ", c’est la politesse, le respect, l’humanité vraie et sincère que nous rencontrions et concernant mon fils, c'était certainement la première fois.…
 
Toto était ensuite allé à son entretien. Je l’avais attendu fébrilement dans la voiture, dédaignant même d’aller me baguenauder pour me changer les idées dans le magasin Aldi, dont j’occupais une place de parking. Je suis resté à l’attendre et j’ai beaucoup pensé à mon fiston, à cette chance qu’il ne devait pas louper. Mon pauvre grand bonhomme aux idées suicidaires. J’étais comme en symbiose, espérant que questions et réponses, motivations et appréciations seraient favorables : " Pourvu qu'il réponde ceci, pourvu que...".
………………..
Puis il y a eu cet appel du 9 juin, espéré, attendu dans l’angoisse, depuis trois semaines, mais aussi depuis quatre ans…
 
Il a été retenu. Cela faisait quatre années sans travail, quatre années qu'il cherchait le précieux emploi sans rien trouver ! Il a envoyé les éléments demandés pour la déclaration préalable à l’embauche. Stage dans le nord peut-être, d'ici quelques semaines, puis stage spécifique en Allemagne, puis Boulot en principe en province, dans un bâtiment industriel qui est en train de se construire… Et puis même si c’était ailleurs, qu’importe…
 
Il n’y a plus qu’à attendre…
 
Mon Toto est beaucoup mieux dans sa tête ; cela se voit au premier coup d’œil… Quant à mon stress, il est passé de 2,5/3 à 1,5/3… Je vais beaucoup mieux. Moi aussi je vais pouvoir me reconstruire un peu.
J’avais tant de désespoir, je portais en moi tant de responsabilité d’avoir donné le jour à trois malheureux exclus de la mondialisation et du droit à vivre, sans pouvoir rien y faire…
Certes, c’est une place d’ouvrier, mais aucun travail n’est déshonorant et surtout le travail est une denrée si rare ! Le travail donne sa noblesse à l’homme, sa raison de vivre.
Mon fiston va pouvoir commencer à se fixer des objectifs et enfin vivre sa vie, comme tous ses camarades de la région où nous habitons.
 
Il aura conquis son travail sans piston et sans le réseau mafieux de notre région pourrie, dont il est exclu, parce que son père n'est pas du sérail… Quant à ses « amis » dont je dis qu’ils sont des faux-amis, parce qu’ils se délectent de ses déboires en comparant leurs situations à la sienne, il pourra leur faire un bras d’honneur. Du moins, c'est ce que j'aurais fait, à sa place...
 
Je sais qu'il ne le fera pas... Il est si naïf et si gentil...
 
Enfin un nuage se déchire et laisse place au soleil de l’espoir. Cela se passait en 2015

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01 juillet 2018

Que ferais-tu ?

GSM

Ecrit le 16 mars 2015
 
Depuis quand ne t’ai-je pas parlé ? Si longtemps, trop longtemps…
J’ai tant de choses à te demander. J’ai toujours remis à plus tard, ce n’était pas urgent à l’époque, j’avais tout mon temps. Tant de questions me vrillent le cerveau…
 
Comment as-tu vécu le devenir de tes enfants ? Comment as-tu surmonté les coups du sort et les déceptions ?
Est-ce que, comme moi, tu ne savais plus ce qui s’était passé avant, est-ce que cela ne te préoccupais plus ? Pouvais-tu être tellement stressé par le non-avenir de tes enfants ? Cela te causait-t-il bien du tourment, bien du tracas, comme à moi ? Se passait-il un matin où tu ne pensais pas à leur vie future sans emploi, sans espoir ? As-tu fait un cauchemar dans lequel un kidnappeur te donnait le choix entre donner le nom d’un de tes enfants qu’il tuerait en laissant la vie aux deux autres ou bien il tuerait les trois, si tu ne disais rien ?
Est-ce que pendant des semaines tu faisais des insomnies avec toutes sortes de pensées noires pendant de longues heures d’éveil ?
 
T’est-il arrivé de prendre un vieux cachet de somnifère, dans une boite périmée depuis quatre ans ?
J’ai bien dormi, mais je suis dans les vapes ce matin et mes idées sont toujours aussi noires.
Parvenais-tu à dormir, en pensant à tes enfants ? T’es-tu reproché de les avoir mis au monde ? Tu me dirais peut-être que je ne suis pas coupable, mais je me sens quand même responsable de leur venue en ce monde pour lequel je n’ai pas su les préparer, pour lequel je ne leur ai pas donné de clé. Je ne leur ai pas donné le bon patrimoine génétique…
 
Comment as-tu réagi aux dérives de ma sœur ? Est-il normal de culpabiliser ? Que dois-je faire pour ne pas replonger dans la dépression, car je sais que cette fois, si c’est le cas, ce sera un voyage jusqu’à la fin…
Je crois que je n’ai plus la force, plus l’envie de continuer, plus d’espoir, plus de but…
 
Que ferais-tu à ma place ? Comment as-tu fait Papa ?
 
Oui, je sais, Papa, cela ira mieux demain, s’il fait plus chaud et s’il y a du soleil… Mais tout comme aujourd'hui, il sera trop tard pour te poser ces questions... Et je n'aurai pas davantage de réponses...

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16 juin 2018

Rendez-moi mon Paris

GSM



J’avais dix ans en 1960. Mes parents m’avaient envoyé à Paris, par le train, pour un mois de vacances chez mes grands parents. Il n’y avait pas de TGV à l'époque. C’était ces wagons à compartiments, dont le bruit régulier des roues sur les jonctions de rails endormait comme une berceuse, accompagné par la mélodie des croisements, des aiguillages et des tunnels…
Le compartiment était plein. Une sœur en cornette lisait son missel en face de moi.
Je dormais entre chaque gare, terrassé par cette lancinante berceuse. A chaque arrêt, je me réveillais et demandais si on était arrivé, toujours inquiet d’avoir dépassé ma destination. La réponse des grandes personnes était toujours négative. J’ignorais que Paris était le terminus et que je ne pouvais pas le manquer.
Cependant, aux alentours de midi, une odeur de pain frais, de charcuterie et autres camemberts bien faits, vint flatter mes narines et me réveilla.
Tous les passagers étaient affairés à manger avec leur serviette, leur couteau, tout un tas de bonnes choses, à part deux qui avaient du aller au wagon restaurant…
La sœur en face de moi s’appliquait à manger lentement un petit sandwich de 15 cm de longueur…
Affamé, je me ruais sur mon sac de voyage et je dévorais les deux gros sandwichs que ma maman m’avait préparés.
Tout le monde avait fini de manger depuis longtemps, les deux voyageurs manquants étaient revenus, mais la sœur continuait inlassablement à déglutir doucement son sandwich… De la voir et de sentir l’odeur, me redonnait faim…
J'allai donc dans le couloir et y restais, guettant le moment où elle aurait fini de ruminer, avant de revenir m’asseoir à ma place…
D’annonce de départ en sommeil, de sommeil en annonce d’arrivée, je finis par arriver à Paris gare de Lyon…
Mes grands parents étaient là pour m’attendre, vêtus sur leur trente et un. Les effusions furent réelles et partagées…

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09 juin 2018

Tu es un homme, mon fils

GSM

Ecrit en juin 2009.
 
Hier, j’emmenais mon fils cadet à son lieu de stage comme chaque jour. Je pris la décision de lui parler, car c’était le seul moment de la journée où nous étions un quart d’heure ensemble. J’éteignis la radio…
 
« Tu sais Toto, tu viens d’avoir vingt ans, tu es un homme… Quand ton Papy approchait de la cinquantaine, j’en avais donc moins de dix-huit… Un jour, il est tombé dans les pommes, comme ça, évanoui, sur le carrelage de la salle à manger. Ta Mamie était inquiète mais forte. Nous, les enfants, étions en larmes à part ton oncle qui était trop petit et qui ne comprenait pas. Cela lui est arrivé plusieurs fois. Mais étant artisan, il n’avait pas les moyens de se payer le médecin…
Plus tard, sur un chantier, ton Papy m’a dit : Les hommes ont une forte mortalité entre cinquante et soixante ans. Passé ce cap, ça va. Rappelle-toi de ça un jour !…
 
Les conditions de vie ont évolués. Mes problèmes ont commencés plus tard, vers cinquante sept ans. Tu as vu l’autre jour !… Les médecins ne comprennent pas tout. Cela pourrait m’arriver un jour. On ne sait jamais. Certes, je me repose beaucoup, je suis en arrêt, mais tout est possible…
 
Alors, je voulais à mon tour te dire que si ça arrivait, je compte sur vous les deux ainés, Kiki et toi, pour vous occuper du Petit Nono, il est très sensible… Et je compte aussi sur vous trois pour ne pas abandonner votre Maman qui serait dans le plus grand désarroi, notamment financier »…
 
Je jetais des coups d’œil furtifs à Toto en conduisant. Il était silencieux et son œil brillait, mais il acquiesçait frénétiquement de la tête. Je comprenais que sa gorge était nouée et qu’aucun son ne pouvait sortir, sauf à dévoiler un sanglot qu’il cherchait à réprimer à tout prix.
 
Très ému, il évitait mon regard… J’énumérais donc le catalogue des ressources dont ils disposeraient : Assurance vie, Assurance décès, la nécessité d’entamer très vite les démarches, vu les longs délais de paiements… Ce qui lui donnât le temps de se reprendre…
 
Nous allions arriver, quand il me dit « Tu n’as pas un sujet plus gai, par hasard ? »
 
« Oh, mais tu ne vas pas te débarrasser de moi comme ça, je ne suis pas encore canné ! »
Nous arrivâmes à destination.
« Bonne journée mon fils. Travaille bien ! »
« A ce soir Papa ! »
 
Dans mon fort intérieur, j’espérais fortement le revoir encore ce soir-là…
 

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04 juin 2018

Mémoires et radotages (178) – Mes fils, je vous aime. Je vais vivre pour vous (suite)

GSMEcrit le 01 juin 2018

J’avais écrit la première partie en décembre 2014… J’expliquais mon implication pour m’humilier à demander un boulot pour mes fistons…
Et effectivement dans les mois qui suivirent, j’ai tenté de contacter mon maigre ancien « réseau » d’anciennes relations afin d’aider mon Toto à trouver un emploi…
C’est ainsi que profitant d’un email du 18 mai 2015, reçu de E, un camarade de promotion et qui disait ceci : 
 
> Objet : assurances sante complementaire apres retraite
> Hello a tous ,
> je prend ma retraite au 30 Juin  ....  66 balais !! dont 38 ans  a l'étranger
> de fait adieu la complémentaire de santé  MSH  pour travailleurs expats  qu on avait chez VINCI
> pouvez vous me dire ce que vous avez  choisi comme complémentaire santé  avec les coordonnées
> je pense prendre qqch d'assez complet avec remboursements a % élévés  qui couvre bien large.... pour ma femme et moi
> au passage dites  moi pour ce genre de Complémentaire combien faut il compter  par mois ? 300 / 400/500 Euros par mois  plus ??
> merci le p'tits gars et a bientôt car maintenant le temps sera pour moi     enfin !!
> bye
> et merci
> E.
 
Je lui répondis ce même 18 mai 2015 et en profitais pour lui demander un petit coup de main, pour mes fistons : 
 
Bonjour E.
 
Te souhaiter bienvenue dans le monde des retraités? Je ne sais pas. Personnellement, je le vis très mal.
Avoir été privé de mon boulot (même si c'est pour raison de santé), c'est comme si j'avais perdu ma vie !
 
Alors si tu es parmi ceux qui le vivront bien, bienvenue...
 
Perso, en finale, j'ai choisi entre Reunica et Macif et je me suis décidé pour Réunica (qui s'appelle maintenant AG2R la mondiale).
Mais mon critère était le prix le plus bas tout en ayant un bon rapport prestations/prix.
 
Ils ont une gamme qui monte dans les tours à concurrence des tarifs que tu annonces.
 
J'ai jamais osé t'écrire pour te demander s'il y avait du boulot là-bas (En Jamaïque) :
J'ai deux fils avec BTS industrialisation des produits mécaniques (IPM). L'un depuis un an, l'autre n'a plus de chômage depuis 4 ans et a des idées suicidaires tellement il se sent dévalorisé... Si tu pouvais faire bénéficier de tes relations un de mes fils pour un emploi, je serais vraiment ton obligé…
 
Amicalement,
Zalandeau 
 
E. était toujours le premier à répondre aux emails quand il s’agissait de la déconnade, de souhaiter la bonne année, ou d’annoncer sa venue en vacances dans l’hexagone… Il avait d’ailleurs dans le passé aidé un autre camarade de promo à s’échapper d'un pays soumis à une dictature…
 
Mais pour ce message que je lui avais envoyé, comme une bouteille à la mer, jamais il ne répondit, jamais !
 
Je m’attendais au moins à recevoir une réponse à minima, du genre qu’il n’avait aucun poste à pourvoir sur la Jamaïque, dans les cordes du cursus de mes petits…
 
Et bien non ! Aucune réponse !
Il est vrai qu’E. n’était jamais « que » directeur d'Agence des travaux de Vinci pour la Jamaïque et les Caraïbes Anglophones et avait si « peu » de pouvoir, le pauvre !!!
 
Heureusement, Toto a trouvé par lui-même un boulot qui a débuté le 1er Juillet 2015…
 
Lorsque les retrouvailles de promo se sont déroulées en 2017, elles avaient lieu chez E… J’avoue avoir longtemps hésité à y aller…
 
Ces retrouvailles se déroulèrent à cheval sur deux jours. Vers la fin du Dimanche, où nous allions nous séparer, il me prit à part et me demanda « Alors Zalandeau, tu as des problèmes je crois ? Explique moi ! ».
Je lui répondis d'un ton neutre « Non, aucun problème ! »
 
Sa question prouvait qu’il avait bien eu mon email… Depuis, je n'ai plus demandé de piston pour mes petits auprès de mes « camarades de promo »... Cela ne sert à rien !
 

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02 juin 2018

Mes fils, je vous aime. Je vais vivre pour vous.

GSM

Ecrit le 19 décembre 2014.

 

Il y a un mois et demi environ, mon fils cadet Toto avait passé un entretien… Il n’avait pas été pris…

 

Il y a une semaine, il a eu un nouvel entretien avec un nouvel employeur… Il y croyait dur comme fer… Hélas, hier, il a eu la réponse négative, comme toujours…
 
On voit bien qu’il a pleuré… Il a le moral à zéro… « Pas d’expérience », c’est ce qu’on lui répète depuis trois ans…
Ce qu’on ne lui répète pas trop, mais que l’on pense, c’est que, plus sa période d’inactivité s’accroît, plus elle pèse lourd dans le choix d’écarter sa candidature (Un inactif, c'est un faignant, c'est si commode)…
 
Triste cycle infernal du chômage non indemnisé…
Triste société qui ne fait pas confiance à ses enfants.
 
Tristes entreprises accablées par des règles sociales pesantes et qui n’ont aucun droit à l’erreur pour l’embauche.
 
Triste créneau d’emploi où l’on ne prend pas les jeunes ni les vieux, où l’on passe de inemployable jeune à inemployable vieux…
 
Triste société qui forme des adolescents dans des métiers sans avenir… Diplômes qui ne servent plus à rien, envies de travailler bafouées, droit d’exister aboli…
 
J’ai très peur. Il ne parle que d’avenir de SDF, de mettre fin à ses jours, quand cela lui échappe. Parce que la majeure partie du temps, il s’enferme dans une tristesse silencieuse… Lui qui, enfant, était si jovial si actif est stressé, morose, empli d’idées morbides…
 
Lui qui avait un caractère si fort, si affirmé, il est là maintenant, vide d’espoir, sans envie, brisé…
 
Et l’on entend tant de gens écœurants, pleins d’emplois et de salaires, dénigrer des personnes qui n’ont pas de travail ! Ils n’ont qu’à leur donner leur emploi ! On verrait s’ils penseraient la même chose. On verrait s’ils retrouveraient un job ! On verrait s’ils vivraient dans la joie et la bonne humeur ! On verrait s’ils ne se retrouveraient pas également isolés par le mépris d’une société qui ne veut pas d’eux… Bande d'enculés !
 
C’est pour cela que j’ai décidé il y a quelques mois de me reprendre, de ne plus me laisser aller. J’ai un but : Mes enfants ! Ma seule pension de retraite, liée à mon existence doit les maintenir en vie et ce, coûte que coûte…
 
Je n’avais pas envie de demander quoique ce soit à mes collègues de promo… Et bien je vais changer… Je suis prêt à m’humilier pour leur demander s’ils connaissent autour d’eux quelqu’un qui connaît quelqu’un qui pourrait proposer du boulot à mon cadet…
Je sais que j’obtiendrai silence et négation gênés, mêlés parfois de plaisir sadique, mais tant pis, je vais le faire, en ravalant ma honte, parce que mes fils, c’est tout pour moi.
 
Ils ont tant de qualités et de potentiel, mes petits ! Tout cela reste inexploité parce que ceux qui nous dirigent ont décidé que nous devions sacrifier nos enfants au profit du reste de la terre…

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