08 mars 2017

Mémoires et radotages (92) – souvenirs violents divers (suite)

GSM

J’avais 28 ans, en Angola, infiltré avec plusieurs rombiers dans le quatrième camp des rebelles Katangais, (lesquels sont endoctrinés, financés et armés par les Cubains)…
Un coup d'œil à l'angle : Merde ! Un Tigre (un Katangais) avec une kalach ! S’il me voit le premier, je suis mort ! Sil tire ou que je tire, tout le camp va nous tomber dessus à bras raccourcis. Plaqué au mur, je sors mon poignard… Mon cœur accélère… Je force ma colère à monter d'un coup. C’est ça ou la peur panique, je n’ai pas le choix… Il est en train d'allumer une cigarette lorsqu'il arrive à ma hauteur… Je m'élance, avant que, surpris, il n’ait le temps de réagir… Je l’empêche de crier, jusqu'à ce que ses muscles se relâchent…
Je commence à trembler… La colère ! Il faut que je garde la colère. C'est ma seule arme contre ces assassins et contre ma propre peur !...
Je récupère et j'essuie ma lame poisseuse sur les pans de sa chemise.
Ce n’est qu’au retour de cette mission achevée, que je ressens le contrecoup de cette peur rétroactive et que je m’écroule épuisé.
 
A Nice. Je devais avoir une quinzaine d’année. Un solex avec deux types frôla le trottoir et le passager à l’arrière me donna une tape en passant. « Ca va pas, non ! », m’exprimai-je. Ils firent instantanément demi-tour alors que j’avais déjà repris ma discussion avec mon copain Barberis… Bien évidemment comme on peut le deviner, c’était de la provocation. Le conducteur du Vélosolex me demande si je veux me battre… Pendant que mon futur ex-« copain » le fameux Barberis, dont je n’hésite pas à répéter le nom qui rime avec lâche, couard, empaffé… faisait une prudente retraite dans l’immeuble qu’il habitait juste à coté… Moi, comme un con j’acceptais… Oui mais voilà… Ce n’était pas à la loyale ! Ils étaient à deux ! Au cours de la bagarre, où j’avais réussi à cogner le petit, le grand avait réussi à me prendre les bras par derrière, pendant que le petit se mit à me lyncher littéralement le visage… Je tombais groggy sur le dos ! Je ne voyais plus rien. Je ne pouvais ni parler ni bouger… Mais par contre, j’entendais… Le bruit du cran d’arrêt… Le grand demanda au petit « On le finit ? »… J’ai eu une grande trouille, cette fois là : Me faire planter sans pouvoir me défendre… C’était foutu !
L’autre, le petit, répondit « Ca va ! Il a son compte ! »… Puis, pendant qu’ils s’éloignaient j’entendis : « L’enculé, il m’a déchiré ma veste en cuir ! » Il me fallut plusieurs minutes avant de récupérer mes facultés…
J’appris par la suite, que le grand avait 20 ans et le petit était majeur (la majorité était à 21 ans à l’époque)…

Un an plus tard, j’allais croiser un type dans une ruelle déserte. C’était le petit… Il stoppa net et s’enfuit à toutes jambes…

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07 mars 2017

Mémoires et radotages (91) – souvenirs violents divers

GSM

A vingt trois ans, dans les faubourgs d’Alès, j’ai sorti une femme d’une automobile DAF qui s’était retournée… Tous les habitants riverains étaient dehors, à distance prudente et me conjuraient de ne rien faire et d’attendre les pompiers. Bandes d’imbéciles ! Le moteur tournait, l’essence et l’huile coulaient par terre, il y avait de la fumée, la personne avait sa ceinture et reposait le cou sur le plafond de son véhicule.
J’ai fait ce qu’il fallait : coupé la batterie (heureusement le capot s’était ouvert sous le choc), tiré de toute ma force sur la portière écrasée, en prenant appui d’un pied sur la carrosserie, ai sortie la vieille dame (après avoir détaché sa ceinture) ainsi que ses affaires…
Et ce n’est qu’après que j’ai failli tomber… Sueurs froides, jambes molles… C’est ma peur qui se manifestait à posteriori…
 
A cinquante huit ans dans le métro, trois jeunes se sont mis à se battre à l’arrière du wagon… Tout le monde s’est écarté et serré, forcément ! J’ai crié pour demandé à quelqu’un d’assez proche, de tirer l’alarme, une dame l’a fait ! Les oiseaux se sont envolés dès l’immobilisation de la rame. Je n’ai plus eu qu’à dire ce qui s’était passé à l’agent de la RATP incrédule (la dame n’osant pas dire qu’elle avait tiré l’alarme), la foule a acquiescé…
 
Les couteaux… Et mon bras gauche.
 
Je devais avoir dans les 16 ans. Cela se passait à Nice. J’allais au Lycée un matin en vélo. Pour prendre un raccourci qui m’évitait au moins 2 kilomètres, je descendis de ma bicyclette et j’empruntais un escalier abrupt, qui descendait sur une bonne cinquantaine de marches. Je tenais mon guidon des deux mains afin de retenir mon véhicule à deux roues de tomber jusqu’en bas… A mi parcours, je croisai un petit arabe de disons, dix à onze ans, que j’avais parfois aperçu de loin et que je trouvais gentil…
C’est alors qu’il me mit son opinel sur le ventre et me menaça. Instantanément, je lâchais mon vélo de ma main gauche et lui attrapai le poignet que je tordis très fortement. Il lâcha prise et j’envoyai son couteau d’un coup de pied vers le bas de l’escalier. Je le traitais de « saloperie ». Il s’enfuit vers le haut de l’escalier…
Ouf ! Je n’avais pas abîmé mon vélo ! « Sale petit enculé », me disais-je, « à cet âge-là, déjà »…
 
J’avais dans les 25, 26 ans, à peu près… Avec ma première femme (c’est la première fois que je parle d’elle depuis que je l’ai quittée), un dimanche, nous avions des invités (moitié famille, moitié amis). Le repas excellent avait été arrosé de bons vins, précédé d’apéritifs divers et suivi de digestifs… Nous étions tous un peu pompette… et même plus que pompette, carrément bourrés ! Je m’engueule avec ma femme… Elle part dans la cuisine… Je la suis… Elle se retourne, me fait face et me fonce dessus…. avec un couteau à viande qu’elle tente de me planter dans le bide… J’ai bloqué sa main droite de ma main gauche à une vitesse fulgurante… C’est bizarre comme le danger annihile les méfaits de l’alcool ! Heureusement pour moi, d’ailleurs… En revenant vers la salle à manger, j’avais les jambes plutôt molles.
 
C’était au Zaïre. J’avais 28 ans : Je tape à la porte et crie « Sortez les mains en l'air. Armée Française, vous ne risquez rien ! ». N'obtenant pas de réponse, j'ouvre à coup de pied et je fais irruption dans la case.
Je suis à peine entré, qu'un noir jailli de la pénombre, détourne de sa main gauche le canon de mon FM et abat sur moi sa main droite dans laquelle brille une lame. Je n'ai que le temps de lâcher mon FM. J'ai du mal à retenir son bras. Il a mis toutes ses forces dans ce coup. Les miennes faiblissent alors que les siennes ont l'air intactes. Nous luttons. De ma main libre, je parviens à sortir mon poignard, j'espère ne pas me blesser au passage... Je m'affale sur lui, épuisé. Je n'entends que ma respiration et mon sang qui bat contre mes tempes… Tout cela n'a duré que quelques secondes...
Je constate d'abord en tâtonnant, que je ne me suis pas poignardé, avant d'entreprendre de me relever. J'ai la main poisseuse de sang. Je suis couvert de sueur... Sueurs froides de la peur de la mort... Épuisé…

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09 février 2017

1465-3 La bataille de Montlhéry (fin)

GSM

Pendant ce temps, les deux centres d’armées étoient restés dans leurs positions et se canonnaient gaillardement.
Le comte de Charolais qui commandoit l’aile droite victorieuse des Bourguignons, poussa si loin sa pointe, qu’il eust grand peine à rejoindre les siens et faillit estre occis.
Oncques, plus grand fuite ne fust des deux costés, mais par especial destinée demeurent les deux Princes aux champs.
Du costé du Roy fust un homme d’Estat qui s’enfuit jusques à Lusignan, sans repaistre et du costé du Comte, un autre homme de bien, jusques au Quesnoy-le-Comte, tant grande étoit la frayeur des combats. Ces deux n’avoient garde de se mordre l’un l’autre !
 
A l’aile droite des Bourguignons, les hommes d’armes du Roy, ralliés, se divisèrent en deux groupes et, débordant la ligne des archers, voulurent attaquer la cavalerie du comte. Las, icelle, au lieu d’attendre, passa tout à travers ses proches archers et prit la cavalerie Françoise en flanc, cependant qu’elle opéroit son mouvement, la coupa et la mit dans le plus vif désordre, si bien qu’elle tourna le dos et fust si vivement poussée, qu’elle ne put se rallier.
 
Cependant, l’aile gauche du Comte, étoit si enfoncée, séparée du centre et fust rejetée dans les bois et le long de l’Orge.
 
Le succès de la bataille fust ainsi partagé entre les deux camps, qui ne profitèrent point de pousser leur avantage en défaisant le centre adverse.
 
Cependant, les conséquences étoient définitivement en faveur du Roy. Les Bourguignons, désormais hors d’état de barrer la course Royale vers Paris, passèrent fort mauvaise nuit en leur repli de Longjumeau, pestant d’estre tourné par la droite Françoise.
Lors il n’en fust rien. Le Roy étoit parti avec son armée, à la faveur de la nuit, vers Paris où il arriva le matin du 17, vers dix heures, accueilli par les Parisiens en liesse.
 
Charles étoit blessé, son armée éclaircie de trois mille hommes, affamée. Ce même matin, il faisoit sonner les trompettes afin de rassembler son armée dispersée...
 
Le Castel de Montlhéry fut abandonné, pillé, brûlé… Fin du Castel... Début de Montlhéry !
 

© Zalandeau, le dimanche 1er mars 2009

 

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04 février 2017

1465-2 La Bataille de Montlhéry

GSM

L’armée Royale se mettoit en route et arrivoit à l’aube en vue de Montlhéry, le 16 juillet 1465.
Le Roy Louis XI occupoit alors le Castel de Montlhéry à la teste de l’armée qui vouloit promptement marcher sur Paris.
Ce que voyant, le Comte de Saint Pol qui commandoit l’avant-garde des Bourguignons, fist prestement recul, laissant entre lui et l’armée Royale un ruisseau et des haies.
Charles de Bourgogne partit de Longjumeau et se joignit à l’avant-garde.
Charles d’Orléans ne put réunir les deux cents lances requises par le Roy, qui du haut du donjon, ne voyant rien venir du coté de Paris, eust voulu éviter la bataille.
De son coté le téméraire Comte de Charolais ne paraissoit point soucieux, pour une fois, d’engager la bataille et se contentoit de barrer la route du Roy de France…
Mais c’étoit sans compter sur les chefs des avant-gardes qui, pressés d’en découdre, en décidèrent tout autrement…
Le décousu et l’imprévu de la bataille qui suivoit, fust annonciatrice d’une nouvelle manière de mener combat…
Postés sur deux plateaux se faisant face, ils n’étoient séparés que par un ruisseau. Ils dévalèrent les coteaux, se précipitèrent donc et en vinrent aux mains.
Les Bourguignons étoient déjà massés, alors que les François arrivoient à la file pour soutenir leur premier corps.
Or, pendant que les chefs Bourguignons disputoient s’il falloit mieux combattre à pied ou à cheval, l’armée Royale avoit eu tout loisir de se mettre en bataille.
L’action s’engageoit, non plus comme au temps jadis sur un front étroit, mais sur une ligne longue, si longue, que l’aile droite Bourguignonne, commandée par le Comte de Charolais enfonçoit l’aile Gauche Françoise, tandis que l’aile droite Françoise battoit à fond et mettoit en grande déroute l’aile gauche Bourguignonne.
(A suivre)
© Zalandeau, le samedi 28 février de l'an de grasce 2009

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08 janvier 2017

Un évènement extraordinaire

GSM

Cette nuit là nous étions à la caserne. Cette nuit là nous ne pouvions pas dormir. Alors nous discutions… Nous parlions de cet évènement extraordinaire qui allait arriver si… il n’y avait pas d’accident… Parce qu’il y en avait eu de très graves…
 
Il faisait assez chaud d’ailleurs, ce qui ne facilitait pas le sommeil… Nice, autour de nous, bruissait de son activité estivale et noctambule.
 
Il faisait nuit noire, lorsqu’un soldat nous prévint que la retransmission avait commencé en direct… Nous nous levâmes tous et dévalâmes les escaliers en criant comme des sauvages…
Puis nous entrâmes dans le mess… Nous nous assîmes dans le plus grand silence pour regarder médusés ce que nous trouvions si formidable.
 
Certes, de nos jours, nous voyons avec ces vieilles images en noir et blanc, la commémoration d’un évènement que l’on qualifie plutôt de banal et ringard…
 
Mais à cette époque, dans cette nuit du 20 au 21 juillet 1969, l’alunissage et les premiers pas d’un être humain sur la lune captaient le summum de notre admiration pour le progrès de l’humanité et notre espoir en un avenir toujours meilleur…
 
De retour dans les chambrées, après un arrosage à la bière assez intense et bien que grisés par les vapeurs alcooliques, nous eûmes cependant beaucoup de mal à nous endormir, encore excités par cet exploit exceptionnel…
 
Au petit matin, nous grimpions mollement, encore endormis, dans les GMC qui nous conduiraient au port de Nice, direction la Corse, pour effectuer notre stage de brevet parachutiste…

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03 janvier 2017

1465 - Cliquetis d’armures à Montlhéry

GSM

Charles, Comte de Charolais, suspectoit de plus le Roy Louis XI, d’avoir hourdi deux tentatives d’assassinat à son égard en 1462 et 1464… Les relations estoient alors fort explosives et l’armée Bourguignonne, fort puissante…
Par ailleurs, le Duc de Bretagne, François II étoit grandement humilié par les nouvelles procédures d’hommage, mises en place par le Roy. Il décidoit alors de sauver son honneur en s’opposant.
Les ligueurs sous prétexte de défense des biens du peuple étoient en fait guidés par leurs interests personnels. Ils mirent à leur teste le jeune frère du Roy, Charles, Duc de Berry, avec le dessein de renverser Louis XI, ou pire encore…
Louis XI qui avoit affaibli son armée, mit un an à faire remonter les effectifs à 1765 lances.
 
La ligue tenta de s’emparer de Lyon… Le Roy assiègeoit alors Partenay qui se rendit sans résistance, puis faisoit campagne en Bourbonnais.
Charles, Comte de Charolais à la tête d’une puissant armée marchoit sur la Picardie, puis se diriga sur Paris. Les Parisiens résistèrent. Il attendit le renfort du Duc de Bretagne, dont la troupe restoit l’arme aux pieds faute de paiement…
Le 13 Juillet 1465, les Bretons remis en marche, étoient à Chateaudun  pendant que Charles avoit traversé la Seine à Saint-Cloud.
 
Le 15 juillet, le Comte de Charolais se dirigeoit sur Montlhéry, espérant y faire jonction avec les Bretons. Il faisoit installer ses chariots à Longjumeau et envoya une troupe d’avant-garde dans le bourg de Montlhéry, commandée par le Comte de Saint Pol.
Le Castel étoit tenu par de fidesles gardes de l’armée Royale…

Des éclaireurs de Saint Pol repèrèrent à la nuit tombée, l’armée Royale à Châtres (Arpajon)…

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11 novembre 2016

L'absence de l'ami

GSM

Ses yeux ne brillent plus, son regard est vide... Sa bouche est ouverte mais ne respire plus...
 
On cherche à recueillir son souffle, mais on ne sent rien contre la joue... L'air qu'il semble appeler ne circule plus... On enserre son poignet, le pouls ne bat plus, le pouls est éteint... On ne sait pas si c'est vrai, ou si l'on s'est trompé... On recommence... On scrute sa poitrine qui ne bouge plus...
Alors, on dit « Il est mort »... On se regarde tous, pour mieux se rassurer de notre propre existence, puis on le regarde lui, comme si, l'on n'y croyait pas... Comme si, ce n'était pas possible...
Cela fait une éternité... Peut-être une minute... On regarde l'heure, pour la consigner... Parce qu'il faut que la mort soit consignée, figée pour l'éternité... On se regarde à nouveau, désemparés. Dans nos yeux, on le voit lui, il y a quelques instants... Ses yeux clignaient, sa bouche cherchait la respiration qui manquait à ses poumons envahis par le sang... Il cherchait à nous dire, il cherchait à nous rassurer... Et maintenant, tout est fini...
 
Son regard nous fait peur. Alors nous fermons ses paupières, pour nous rassurer, pour feindre de croire qu'il s'est endormi. Alors que nous ne pouvons supporter ces yeux qui nous donnent honte d'être encore vivants...
 
Alors, nous nous agenouillons autour de lui, pendant que le crépitement du combat continue. Nous récitons le « Notre Père », parce qu'on n'en sais pas d'autre, tête baissée... Fermant les yeux, je le revois, vivant... C'était, il y a quelques minutes, qui semblent déjà si lointaines, comme dans un passé irréel... Il donnait ses ordres sous le feu ennemi, et demandait au radio la liaison avec le PC... J'entends encore sa voix précise et assurée...
 
« Ainsi soit-il » !... Ami fidèle, tu es parti... Ton ombre est passée au dessus de nous...
Nous nous relevons.
 
Nos cœurs battent très forts, comme est forte notre émotion. Notre douleur est vive... Elle ne nous lâchera plus, jusqu'au dernier jour d'engagement armé...
Elle déclenchera notre haine et assoiffée de vengeance, elle armera nos bras, pour frapper encore et encore...

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L'odeur de la mort

GSM

Le silence règne en maitre absolu. Les oiseaux apeurés ont fui les combats. Le ciel est bleu azur comme un ciel de vacances.
Que faut-il faire ? Que peut-on faire ? Les enterrer, mais ils sont si nombreux ? Non. Nous, on doit poursuivre notre progression. Cela ne nous regarde pas et cela nous arrange. Et pourtant…
La brise légère apporte les relents putrides des corps en décomposition. Nous avons arraché nos chemises ou extirpé des mouchoirs que nous pressons sur nos nez. La pestilence est telle que nous vomissons.
Le spectacle, lui, nous le connaissons. Les corps sont gonflés, mutilés. Le sang est noir. Viscères, os à nus, cervelles, membres arrachés, chacun de nous connait cela.
Mais l’odeur, cette odeur qui vous colle à la peau, cette odeur que l’on fuit, cette odeur qui nous fera brûler nos treillis et nous laver frénétiquement dès que nous le pourrons, nous ne parviendrons jamais à nous en défaire. Elle nous poursuivra dans nos cauchemars et nous nous réveillerons en sueur pendant longtemps encore.
Les chiens sauvages reculent au loin en nous voyant. Ils viendront continuer leur macabre repas dès que nous aurons traversé, dès que nous leur tournerons le dos.
Nous pressons le pas. Certains courent, le bras sur le nez, pour être plus vite loin, très loin de cette odeur qui nous rend fous.

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22 septembre 2016

Epilogue - mardi 19 août 2008

GSM

Et bien non, je ne retournerai pas en Afghanistan !
Rue Saint Dominique, l'ambiance était feutrée et moi j'étais fatigué... Sujet : L’embuscade de la veille à l’est de Kaboul…
Explications compliquées et alambiquées, mais dont je ressors l'essentiel que j'ai mis beaucoup de temps à comprendre :
Le ministère de la défense n'a pas voulu appliquer les consignes de survie que j'avais enseignées en avril. L'état-major, a obéi comme un petit toutou.
" Vous avez voulu monter une patrouille en coopération avec les F.S. Américaines et Afghanes ??? On voit le résultat !!!
L'embuscade n'est pas le fruit du hasard !!!
Vous êtes espionnés, observés, écoutés. "Ils" savent avant vous quand les gars vont partir !!! Je vous l'ai dit et ça ne vous a pas plu.
Arrêtez de vous comporter comme les ricains. Je sais que c'est voulu par Sarko ! Coopérer avec des gens qui fument et rigolent en pleine mission, alors que 200 paires d'yeux et d'oreilles sont planqués tout autour...
 
Laissez à l'officier commandant la patrouille la décision de quand et comment il démarre sa patrouille. Et laissez appliquer les consignes de prudence (que je n'énumèrerai pas ici pour raison de secret militaire, mais qui sont marquées au coin du bon sens et par l'expérience de leur efficacité), laissées à la fine fleur de vos sous off et off subalternes des F.S."
"La seule mission importante est de revenir vivant", ai-je dit à cette bande d'emplumés, bons à rien, qu'à obéir à des ordres idiots au nom de l'admiration de Sarko pour l'Amérique.
A l'hôtel de Brienne, ils se passeront de mes conseils à l'avenir. Et je crois que Morin m'a définitivement marqué à l'encre rouge.
C'est vrai aussi, pourquoi ne sais-je pas tenir ma langue comme les autres ?...
Précisément parce qu'on a perdu 10 hommes pour rien !
Je crois que je vais le payer cher. Il faut bien qu'ils vengent leur humiliation sur quelqu'un...

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24 décembre 2015

Mémoires de mon père (1)

GSM

(transcription de K7 audio)
Votre Maman elle m’a dit que je devrais enregistrer… un p’tit moment de ma vie, lorsque j’étais enfant… Là, ça va être un peu long et un peu triste, hein ! J’vais le faire pour lui faire plaisir… Elle le fera écouter à ses enfants, si elle veut, mais pas en ma présence parce que franchement, je… j’n’aime pas beaucoup remuer toutes ces choses qui étaient plus tristes que gaies…
 

1938 01bis

Voilà ! Quand je suis… j’ai du être né à Lang-Son, à la frontière de Chine… Et ma mère avant de mourir, quand elle était à l’hôpital, m’a fait emmener moi et mon frère qui avait deux ans de plus que moi… mon frère Jean, à l’orphelinat d’Hanoï, par mon frère ainé Léon…
 
Parce qu’il y avait aussi François… mais enfin… Et… quand elle est morte, je pense que c’est mon frère François, qui l’a enterrée… Bon !
 
Et il est venu un moment où… A un moment donné, il a fallu partir en France, vu qu’on avait plus de parents ni de famille là-bas… Et j’étais très-très jeune. Je ne me souviens plus de l’âge que j’avais, mais… je me disais « Tiens, on nous met dans un train, avec d’autres enfants de l’orphelinat » et moi, j’ai compris de suite… que je quittais la… le pays où j’étais né et que j’m’en allais en France, dans ce si beau pays, mais qui n’était pas le mien… Et que je quittais… mon frère Léon et mon frère François…
 
J’m’en allais avec mon frère Jean… et tous les deux on était seuls dans l’train, accompagnés bien sûr par quelqu’un, mais on était tellement nombreux, on était peut être une trentaine. Et il y avait des… Il y avait des gosses qui étaient accompagnés par leur mère et nous, tous les deux on était blottis… sur une banquette… Et je me rappelle qu’on pleurait, surtout moi !
 
Enfin, on est arrivés à Haïphong… On nous a embarqués dans le train, dans le bateau, pardon ! On a monté la coupée, j’me souviens… Il y avait le monsieur qui nous accompagnait… l’accompagnateur. Et sur le pont avec lui, je ne voulais pas lui lâcher la main, parce que je ne voulais pas quitter… Je ne voulais pas m’en aller ! Et il l’a bien vu !
Mais, j’me suis endormi sur le pont…
 
Et le lendemain quand je me suis réveillé, on était au large, en mer. Il y avait plus d’accompagnateur, il y avait plus rien. Et c’est là que j’ai compris que… Pour moi, j’étais perdu, quoi !
 
J’me souviens, vous voyez, des choses qui sont très tristes, qu’on se rappelle, plus facilement que les bonnes choses. Parce que les bonnes choses, il y en avait pas encore eu dans ma vie ! Alors je pouvais me rappeler que des… des souvenirs qui m’ont vraiment frappés ! Enfin…
 
Arrivé à Marseille, forcément, la traversée avait été très très dure, parce que dans l’océan Indien j’étais malade, malade, malade, pendant toute la traversée. Peut-être une semaine, je ne sais plus.
Enfin, on à mis vingt et un, vingt-deux jours pour arriver à Marseille Et à Marseille on m’a embarqué pour aller à Coutances, mais ils ont gardé mon frère Jean… pendant six mois pour l’acclima… l’acclim… l’acclimater ? Pour qu’il se… Parce que le climat ne lui convenait pas, quoi ! Et moi, j’ai bien supporté. Donc ils m’ont… Ils m’ont emmené à Coutances… A l’hospice.
 
Puis de là, je suis parti en nourrice. C’est une nommée madame Nicole… Une très mauvaise nourrice ! Au début on était trois : Moi et les deux frères XXXXX (Giquel ? Le son est mauvais). Et, comme je disais à Maman, tous les jours, je sais pas non plus encore l’âge que j’avais, puisque j’parlais ni Français, ni rien du tout… Et… le Français je l’ai appris à mes dépends, hein ! Parce que vous allez voir comment que c’était qu’elle me maltraitait, moi principalement, parce que je ne pouvais pas me défendre, je savais pas parler Français, je connaissais rien du tout. Tandis que les autres : Il y en avait un qui parlait Français, de Giquel, le frère ainé. Alors…
 
Mais on était tellement mal nourris. Moi, je me souviens, j’étais tellement maigre. Elle me donnait pas… pas à manger ni rien du tout.

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