16 juin 2018

Rendez-moi mon Paris

GSM



J’avais dix ans en 1960. Mes parents m’avaient envoyé à Paris, par le train, pour un mois de vacances chez mes grands parents. Il n’y avait pas de TGV à l'époque. C’était ces wagons à compartiments, dont le bruit régulier des roues sur les jonctions de rails endormait comme une berceuse, accompagné par la mélodie des croisements, des aiguillages et des tunnels…
Le compartiment était plein. Une sœur en cornette lisait son missel en face de moi.
Je dormais entre chaque gare, terrassé par cette lancinante berceuse. A chaque arrêt, je me réveillais et demandais si on était arrivé, toujours inquiet d’avoir dépassé ma destination. La réponse des grandes personnes était toujours négative. J’ignorais que Paris était le terminus et que je ne pouvais pas le manquer.
Cependant, aux alentours de midi, une odeur de pain frais, de charcuterie et autres camemberts bien faits, vint flatter mes narines et me réveilla.
Tous les passagers étaient affairés à manger avec leur serviette, leur couteau, tout un tas de bonnes choses, à part deux qui avaient du aller au wagon restaurant…
La sœur en face de moi s’appliquait à manger lentement un petit sandwich de 15 cm de longueur…
Affamé, je me ruais sur mon sac de voyage et je dévorais les deux gros sandwichs que ma maman m’avait préparés.
Tout le monde avait fini de manger depuis longtemps, les deux voyageurs manquants étaient revenus, mais la sœur continuait inlassablement à déglutir doucement son sandwich… De la voir et de sentir l’odeur, me redonnait faim…
J'allai donc dans le couloir et y restais, guettant le moment où elle aurait fini de ruminer, avant de revenir m’asseoir à ma place…
D’annonce de départ en sommeil, de sommeil en annonce d’arrivée, je finis par arriver à Paris gare de Lyon…
Mes grands parents étaient là pour m’attendre, vêtus sur leur trente et un. Les effusions furent réelles et partagées…

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09 juin 2018

Tu es un homme, mon fils

GSM

Ecrit en juin 2009.
 
Hier, j’emmenais mon fils cadet à son lieu de stage comme chaque jour. Je pris la décision de lui parler, car c’était le seul moment de la journée où nous étions un quart d’heure ensemble. J’éteignis la radio…
 
« Tu sais Toto, tu viens d’avoir vingt ans, tu es un homme… Quand ton Papy approchait de la cinquantaine, j’en avais donc moins de dix-huit… Un jour, il est tombé dans les pommes, comme ça, évanoui, sur le carrelage de la salle à manger. Ta Mamie était inquiète mais forte. Nous, les enfants, étions en larmes à part ton oncle qui était trop petit et qui ne comprenait pas. Cela lui est arrivé plusieurs fois. Mais étant artisan, il n’avait pas les moyens de se payer le médecin…
Plus tard, sur un chantier, ton Papy m’a dit : Les hommes ont une forte mortalité entre cinquante et soixante ans. Passé ce cap, ça va. Rappelle-toi de ça un jour !…
 
Les conditions de vie ont évolués. Mes problèmes ont commencés plus tard, vers cinquante sept ans. Tu as vu l’autre jour !… Les médecins ne comprennent pas tout. Cela pourrait m’arriver un jour. On ne sait jamais. Certes, je me repose beaucoup, je suis en arrêt, mais tout est possible…
 
Alors, je voulais à mon tour te dire que si ça arrivait, je compte sur vous les deux ainés, Kiki et toi, pour vous occuper du Petit Nono, il est très sensible… Et je compte aussi sur vous trois pour ne pas abandonner votre Maman qui serait dans le plus grand désarroi, notamment financier »…
 
Je jetais des coups d’œil furtifs à Toto en conduisant. Il était silencieux et son œil brillait, mais il acquiesçait frénétiquement de la tête. Je comprenais que sa gorge était nouée et qu’aucun son ne pouvait sortir, sauf à dévoiler un sanglot qu’il cherchait à réprimer à tout prix.
 
Très ému, il évitait mon regard… J’énumérais donc le catalogue des ressources dont ils disposeraient : Assurance vie, Assurance décès, la nécessité d’entamer très vite les démarches, vu les longs délais de paiements… Ce qui lui donnât le temps de se reprendre…
 
Nous allions arriver, quand il me dit « Tu n’as pas un sujet plus gai, par hasard ? »
 
« Oh, mais tu ne vas pas te débarrasser de moi comme ça, je ne suis pas encore canné ! »
Nous arrivâmes à destination.
« Bonne journée mon fils. Travaille bien ! »
« A ce soir Papa ! »
 
Dans mon fort intérieur, j’espérais fortement le revoir encore ce soir-là…
 

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02 juin 2018

Mes fils, je vous aime. Je vais vivre pour vous.

GSM

Ecrit le 19 décembre 2014.

 

Il y a un mois et demi environ, mon fils cadet Toto avait passé un entretien… Il n’avait pas été pris…

 

Il y a une semaine, il a eu un nouvel entretien avec un nouvel employeur… Il y croyait dur comme fer… Hélas, hier, il a eu la réponse négative, comme toujours…
 
On voit bien qu’il a pleuré… Il a le moral à zéro… « Pas d’expérience », c’est ce qu’on lui répète depuis trois ans…
Ce qu’on ne lui répète pas trop, mais que l’on pense, c’est que, plus sa période d’inactivité s’accroît, plus elle pèse lourd dans le choix d’écarter sa candidature (Un inactif, c'est un faignant, c'est si commode)…
 
Triste cycle infernal du chômage non indemnisé…
Triste société qui ne fait pas confiance à ses enfants.
 
Tristes entreprises accablées par des règles sociales pesantes et qui n’ont aucun droit à l’erreur pour l’embauche.
 
Triste créneau d’emploi où l’on ne prend pas les jeunes ni les vieux, où l’on passe de inemployable jeune à inemployable vieux…
 
Triste société qui forme des adolescents dans des métiers sans avenir… Diplômes qui ne servent plus à rien, envies de travailler bafouées, droit d’exister aboli…
 
J’ai très peur. Il ne parle que d’avenir de SDF, de mettre fin à ses jours, quand cela lui échappe. Parce que la majeure partie du temps, il s’enferme dans une tristesse silencieuse… Lui qui, enfant, était si jovial si actif est stressé, morose, empli d’idées morbides…
 
Lui qui avait un caractère si fort, si affirmé, il est là maintenant, vide d’espoir, sans envie, brisé…
 
Et l’on entend tant de gens écœurants, pleins d’emplois et de salaires, dénigrer des personnes qui n’ont pas de travail ! Ils n’ont qu’à leur donner leur emploi ! On verrait s’ils penseraient la même chose. On verrait s’ils retrouveraient un job ! On verrait s’ils vivraient dans la joie et la bonne humeur ! On verrait s’ils ne se retrouveraient pas également isolés par le mépris d’une société qui ne veut pas d’eux… Bande d'enculés !
 
C’est pour cela que j’ai décidé il y a quelques mois de me reprendre, de ne plus me laisser aller. J’ai un but : Mes enfants ! Ma seule pension de retraite, liée à mon existence doit les maintenir en vie et ce, coûte que coûte…
 
Je n’avais pas envie de demander quoique ce soit à mes collègues de promo… Et bien je vais changer… Je suis prêt à m’humilier pour leur demander s’ils connaissent autour d’eux quelqu’un qui connaît quelqu’un qui pourrait proposer du boulot à mon cadet…
Je sais que j’obtiendrai silence et négation gênés, mêlés parfois de plaisir sadique, mais tant pis, je vais le faire, en ravalant ma honte, parce que mes fils, c’est tout pour moi.
 
Ils ont tant de qualités et de potentiel, mes petits ! Tout cela reste inexploité parce que ceux qui nous dirigent ont décidé que nous devions sacrifier nos enfants au profit du reste de la terre…

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26 mai 2018

Entrainement de mon fils pour son entretien

GSM

Entrainement par écrit de mon Toto. Je lui mets des questions, il répond et je fais mes commentaires. Réalisé le 6 novembre 2014
 
En rouge mes suggestions
 
Quelles sont vos qualités ?
Sérieux, consciencieux, honnête, minutieux, méthodique (je demande à voir), serviable, obstiné (mais préciser pas têtu)
Recherche dans tes souvenirs (études, boulot, vie courante) des exemples pour justifier. N’oublie pas de phraser : Su jet, verbe, complément, en option adjectif voire adverbe
 
Quels sont vos défauts ?
Peut-être trop minutieux, trop gentil, (mais tu tâches de te corriger), manque d’expérience, mais j’ai envie d’apprendre (Hum, hum ?), je fume trop, mais c’est à cause de mon anxiété de ne pas trouver de travail, timidité (nécessairement il va s’en apercevoir, donc autant le dire mais en rajoutant : mais j’en suis conscient et je fais des efforts pour arranger cela au fil du temps).
 
Comment avez-vous employé votre temps depuis 2011 ?
Recherches d’emplois nombreuses : offres et candidatures spontanées.
Dis que tu fais des relances quand tu as la possibilité d’avoir les coordonnées téléphoniques. Marche à pied, vélo et toutes les semaines je vais jouer au foot avec mes copains. Développe !
 
Que faisiez-vous chez votre premier employeur ?
Gestion de commandes, tenue des délais, je devais faire preuve de diplomatie. Oui, mais là, il va penser que c’est ta timidité qui t’as empêché d’avoir les résultats suffisants. Cf la question suivante…
 
Pourquoi votre employeur ne vous a pas gardé ?
CDD de Remplacement… Ouais ! Sois convainquant ! Enfin le mieux serait que tu ne te montrasses pas timide, comme ça tu n’aurais pas à parler de timidité à la 2ème question
 
Pourquoi n’avez-vous pas trouvé de travail depuis 2011 (Intérim) ?
Objectifs assez précis, peut-être trop, manque d’expérience (tout le monde demande des candidats avec 2ans d’expérience). Sinon, c’est « votre profil ne correspond pas… », ou bien pas de réponse, vous savez c’est très démoralisant. Mais pourtant vous voyez, je n’abandonne pas !
Quant aux sociétés d’intérim, elles vous appellent seulement pour vous demander est-ce que vous savez faire ceci ou cela, toujours des moutons à cinq pattes…
A dire en premier : Il y a peu d'emplois. De plus par chez nous les emplois sont pourvus par piston : le père fait embaucher son fils, c'est très cloisonné… Et mon père a toujours travaillé très loin dans le bâtiment, ce qui n’est pas du tout ma branche…
 
Qu’est-ce qui vous a poussé à postuler chez nous ?
Je suis intéressé par les techniques avancées et ce que vous faites va dans le sens de mes recherches. Ouais, développe, développe !

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19 mai 2018

Mise au point, pour ceux qui jettent la première pierre…

GSM

Ecrit le lundi 27 octobre 2014.

 

NDLA : Cela se passait sur blog.fr. A la suite d’émission de jugement par le lectorat, du genre tribunal soviétique, se basant sur une information très partielle. Je fais un historique succinct des faits.
 
2005 : mort de mon père, ma mère se déplace en déambulateur, chez elle.
Abus de faiblesse sur ma mère par sa fille et sa petite fille. Mise à la porte violente de toutes infirmières, aide soignante et aide ménagère par sa fille. Je fais une demande de curatelle.
 
Un soir ma mère ne peut plus se mouvoir, sa petite fille refuse de se déplacer (15 km). Ma mère dormira assise et se fera sur elle, Elle sera secourue par les pompiers que j’ai appelés (J'habite à 700 km). Ma mère ne remarchera plus.
 
Ma sœur trimballe et abandonne ma mère chez de vagues connaissances et oublie d’aller la rechercher. Je suis alerté par les pouvoirs publics.
Je réserve une place dans une maison médicalisée près de chez moi. Ma mère refuse et préfère rester près de sa fille, sa petite fille et ses arrières petits enfants locaux (et près du cimetière ou est mon père). Je trouve une place dans une EHPAD selon ses souhaits.
 
Tout le monde signe (y compris ma sœur) pour vendre le logement de ma mère afin de payer l’hébergement. J’assure moi-même la curatelle provisoire, mais constamment harcelé par sœur, nièce et ma mère sous influence de ma sœur. Puis la curatelle est prononcée en 2006, dont je refuse catégoriquement de continuer à avoir la responsabilité. Un organisme est nommé.
 
Ma sœur fait scandale sur scandale dans l’EHPAD, pénètre par effraction dans la pharmacie de l’établissement, est mise en cellule par les gendarmes. Elle empêche véhémentement toute visite d’acheteurs et d’agence immobilière chez ma mère, où elle squatte sans autorisation. Elle se met à harceler moi, mon frère et oblige ma mère à se rallier à elle pour avoir la garde exclusive de ma mère. Mon frère cède pour être tranquille. Je dis à tout le monde qu’il est impossible de s’occuper seul d’une personne devenue totalement grabataire. Seul contre tous, après des mois de résistance, j’accepte de faire une demande au juge des tutelles en précisant que je le faisais pour essayer de sauver ce qui pouvait l’être de mes liens familiaux (cela se passait environ en 2007).
 
Au bout de quelques temps, (comment tenir sans aide extérieure), plus de contact téléphonique possible : mère et sœur disparues : Elle a kidnappé ma mère et l'a emmenée sans ménagement (avec un trou d’une année, où les pérégrinations en squat sont inconnues), dans un EHPAD, éloigné de tous les membres de la famille, mais je ne sais rien encore. C’est la curatelle qui obtient par le réseau judiciaire et hospitalier le point de chute de ma mère. Ma sœur fait à nouveau des scandales à répétitions dans le nouvel établissement. Déplacement des gendarmes locaux. Décision judiciaire de mise sous tutelle renforcée. Je suis informé de la situation courant 2010…
 

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13 mai 2018

Mes chers fils, je vous aime

GSMEcrit le 10 juillet 2011

Mes chers fils, je vous aime.
 
Oui je sais, pour vous cela est une évidence qu'il n'est pas besoin d'exprimer. D'ailleurs vous ne l'exprimez pas. Il faut du courage pour le dire, pour franchir cette barrière de la pudeur que le passage à l'émancipation imprime dans nos cerveaux. Il vous faut couper le cordon ombilical pour permettre votre envol vers une vie personnelle et la fondation de votre propre foyer...
 
Oui, je sais tout cela...
Mais je sais aussi le regret et les remords qui m'assaillent, de n'avoir pas dit mon amour à mon Papa et j'espère qu'il me le pardonne, là où il est désormais...
 
Mes enfants, excusez-moi, pour cette tendresse que je vous donne et qui vous gêne.
Pardonnez-moi, pour ce bisou que je quémande quand vous êtes là, parfois de passage, à votre réveil et aussi pour celui du soir avant d'aller me coucher... J'ai besoin de vous faire partager le fait que je vous aime, de façon que vous soyez rassurés quand je ne serai plus là. J'ai envie également de ces bises qui sont mon bonheur de la journée, comme une drogue, comme un euphorisant me redonnant pour un temps, goût à la vie...
 

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12 mai 2018

Le bonbon

GSMEcrit le 3 mars 2015

C’était hier, un hier intemporel, un hier qui pourrait être aujourd’hui ou demain, un hier d’il y a soixante ans, un hier qui a peut-être existé, on ne sait pas.
Souvenir si fugace et si présent, dont on se demande parfois s’il a jamais existé. En tous cas, il ne reviendra jamais… Cette petite rue sinueuse, souvent sans trottoir, qui serpentait sur les hauteurs de Nice, c’était un Boulevard. À Nice, les voies ont des qualifications grandioses. Ainsi une impasse était-t-elle baptisée Avenue… Démesure des gens du midi…
 
Nous remontions ce Boulevard, ma mère me tenant par la main. Nous rasions les hauts murs de pierre d’un coté, ou les murets surmontés d’un grillage de l’autre coté. Puis arrivés au belvédère situé dans un lacet, nous empruntions un escalier de pierre raide et vertigineux sans main courante ni rampe, pour descendre vers la petite école. Ma mère m’embrassait et me souhaitait de bien travailler.
Cette petite école, dans laquelle j’ai passé mes premières années à user mes fonds de culotte sur des bancs de bois, penché sur le pupitre, à écrire d’une plume sergent-major maladroite ce que le maître ou la maîtresse nous dictait, dans une odeur d’encre dont j’ai encore la nostalgie, cette petite école, elle n’existe plus.
 
Je l’ai vu sur Google Earth ! C’est comme un couperet qui nous dit « Ceci n’existe plus. Ceci n’a peut-être existé que dans ton imagination. Ceci ne fait pas partie du monde actuel »…
 
Ma mère venait me chercher à la sortie de cette école qui a existé dans une autre vie, à la mi-journée, comme le soir. Des bisous, donner la main au moins les deux premières années et c’était le retour. L’escalier infernal dans la montée et le belvédère…
 
Un jour pendant la halte au belvédère pour reprendre notre respiration, maman m’a donné un bonbon en forme de quartier de mandarine de ces bonbons durs que l’on suçait après l’avoir déroulé du papier transparent qui l’enveloppait.
Hélas, nous reprîmes la route, alors que je tirais sur les deux cotés de l’emballage. Le bonbon, catapulté tomba dans la grille du caniveau…
J’ai beaucoup pleuré, bien que ma mère me dit qu’elle m’en donnerait un autre. C’était celui-là que je voulais, celui qu’elle m’avait donné spontanément, pas celui de remplacement, pas la roue de secours, mais le vrai, celui que ma Maman m’avait donné de manière si aimante et prévenante…
 
Aujourd’hui, il n’y a plus cette petite école. Il n’y a plus de bonbon dans le caniveau.
 
Aujourd’hui, il n’y a plus ma petite maman.
 
Il y a ce souvenir presque irréel teinté de tendresse et parfumé de tant de nostalgie…

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29 avril 2018

Mort de mon héros (21 février 2005)

GSM

Le lendemain, la famille était rassemblée autour du lit, dans la chambre 26 de l’hôpital.
Il y avait la mère dans sa chaise roulante, qui regardait le sol et semblait n’exprimer aucun sentiment, le fils ainé, la fille et la petite fille…
Seul manquait le plus jeune des fils, qui était sur l’autoroute blanche de la neige tombant à gros flocons…
 
La fille s’approcha de sa mère par derrière et se mit à l’accuser de ce qui arrivait, à la culpabiliser de ne pas pleurer et elle se mit à secouer le fauteuil roulant en scandant ses mots qui devenaient bientôt des cris de haine…
 
Le fils qui s’était contenté, avec l’aide de sa nièce, d’essayer de lui dire de se calmer et de respecter la solennité de l’instant, attrapa sa sœur et lui envoya une paire de gifles magistrales…
 
Sa sœur continua un moment ses vomissements de haine mais sans toutefois secouer la mère qui s’était mise à pleurer…
 
Puis le silence revint peu à peu… Chacun parlait en chuchotant devant l’homme qui respirait faiblement, les yeux fermés et la bouche ouverte… Chacune de ses inspirations de plus en plus faibles était ponctuée de graillonnements…
 
Le médecin de garde expliqua que l’eau avait envahi les poumons…
 
Soudain, il y eut un moment comme magique, comme surnaturel… Ils se regardèrent tous les uns les autres, sans comprendre ce qui se passait. Un peu comme si la tristesse avait disparu, comme s’ils étaient ailleurs, dans un autre contexte, sans mort qui plane, dans la vraie vie…
 
Puis, après ce bref instant, ils revinrent à eux, ils scrutèrent leur mari, leur père, leur grand-père…
 
L’ainé soudain, pointa son index tremblant : « Il ne respire plus ! ».
Sa cadette tenta de capter le souffle, puis de prendre le pouls, en vain.
« Papa est mort ». Il était 20h17. C'était le lundi 21 février 2005…
 
Il alla prévenir les infirmières, puis revint. Il lui semblait que ses jambes ne le portaient plus…
Il s’était pourtant préparé depuis longtemps à cette échéance fatale. Il ne comprenait pas pourquoi cela faisait pourtant si mal…
Tous pleuraient à chaudes larmes, sauf la mère qui était triste, mais sans larme et contemplait le sol, résignée sur 58 ans de vie commune qui s’achevaient…
 
Son téléphone vibra, il le sortit de la poche et répondit. C’était son frère, qui lui déclara glisser sur la neige de l’autoroute et lui demanda comment leur père allait…
Il fit un énorme effort sur lui-même pour maitriser le ton de sa voix et lui répondit que tout allait bien, de ne pas se presser, de rouler en toute sécurité…
 
Il raccrocha en espérant que son petit-frère lui pardonnerait ce mensonge…
 
Sa sœur enleva l’alliance du père mort et la donna à leur mère. La mère insista pour la donner au fils ainé…
 
Il la porte toujours, depuis ce si triste soir…

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21 avril 2018

Mon père, ce héros (20 février 2005)

GSM

L’homme entra dans la chambre. Il vit son père, les poignets entravés, sur le lit d’hôpital.
 
Son père âgé de  plus de 86 ans était allongé. Il geignait et tentait de se débarrasser des liens qui l’empêchaient de tomber de son lit. Malgré son peu de liberté de mouvement il essayait d’enlever la couche qui le faisait baigner dans ses excréments et qui lui ôtait toute dignité…
 
Il tentait de parler mais ses mots étaient déformés et difficilement compréhensibles.
 
Ce fils ainé était là, qui essayait de comprendre, de répondre, de savoir… Il voyait le corps d’athlète de son père, ses cuisses et biceps encore musclés, (car celui-ci enlevait constamment drap et couverture en pédalant de ses jambes libres) et il ne parvenait pas à concevoir qu’une maladie put ronger ainsi tous les organes, sans altérer notablement la musculature et la carrure de son père, qui restait en ce moment encore, cet homme si fort et si exemplaire…
 
Sa nièce l’avait prévenu la veille ainsi que les deux autres enfants du vieil homme, que le diagnostic était mauvais…
 
Il avait voyagé toute la journée et se retrouvait près de son père, perplexe, ne sachant si le pronostic n’était pas un peu exagéré et pensant que tant qu’il y avait de la vie, il y avait de l’espoir…
 
Son père s’était aperçu de sa présence et essayait de communiquer… Mais les paroles étaient par trop déformées et entrecoupées de gémissements… D’après les gestes, il comprit que son père voulait être détaché et qu’on lui enlève cette couche…
Pour avoir discuté avec l’infirmière, il savait que son père était déjà tombé de son lit en arrachant son goutte à goutte ce qui justifiait les entraves…
Tentant désespérément de lui faire comprendre que les attaches devaient rester en l’état, il avait une envie folle de les lui enlever pour accéder à son désir de liberté et de dignité… Il éprouvait de la honte à résister à la demande implicite de son père et sa gorge se noua…
 
Les yeux de son père étaient tournés vers lui, mais ne le suivaient pas, le regard était fixe…
Alors, il pensa qu’il ne lui avait jamais dit qu’il l’aimait, à cause de cette pudeur imbécile, qui n’était plus de mise en cet instant… Il dit alors très fort, presque en criant « Je t’aime, Papa ! ».
 
Le vieil homme répondit en un souffle, quelque chose qui ressemblait à « moi aussi ! ».
 
Puis il se mit à geindre de douleur de plus en plus et appela sa maman dont il avait été orphelin à l’âge de deux ans, certainement pour lui dire qu’il allait la rejoindre…
 
Le fils se souvint de cette confidence de son père six mois plus tôt : « Dieu a sauvé ma vie deux fois. Mais maintenant je sais qu’il n’y aura pas de troisième fois »…
 
Il eut du mal à réprimer un sanglot… Il commençait à comprendre que la fin était inéluctable…
 

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14 avril 2018

Mes chers fils…

GSM

Écrit le 18 juillet 2011
 
Souvenez-vous que je vous aime et que vous êtes ceux que j'ai aimés le plus dans ma vie...
 
Mais dans la vie tout ne se déroule pas suivant l'ordre naturel des choses...
 
Je croyais avoir fondé une famille avec une femme et des enfants que l'on fait et qu'on élève...
 
En fait mon couple est un trio, avec votre grand-mère... Ma femme est polygame…
 
Je pensais enfin pouvoir vivre un peu avec votre mère, maintenant que vous êtes grands...
Mais la belle-doche (et pourquoi dire belle ???), disons, la moche-doche nous empêche de vivre... Enfin, mettons que cela ne gêne pas votre mère, puisqu'elle est déjà l'esclave des 8 chats de sa mère, des chats de sa sœur, de ses deux sœurs, de la voisine, alors pourquoi pas être la boniche de sa mère, après tout ?
 
Mais si ça lui plait, moi, pas du tout ! Il n'y a aucun avenir pour moi ! Seulement un grand trou noir sans fond...
Et cette vieille bique, n'a même pas l'amour-propre de voir qu'elle gêne et brise mon couple ! Elle prive Nono de chambre à coucher, qui dort dans notre chambre à 19 ans... Elle a une baraque et trotte comme un lapin, bref, elle pète la santé, malgré le cinéma qu'elle fait de petite vieille qui a besoin de se faire servir comme un coq en pâte... Et elle OCCUPE ma maison ??? Les Boches sont partis en 44, alors fini l'occupation ! Qu'elle se casse !!!... Parce que si ça continue comme ça, quand elle cassera sa pipe, je serai dans un état de santé qui ne me permettra plus de profiter de la vie, ou même serais-je décédé avant cette squatteuse de longue durée, mais toujours écornifleuse de présence humaine constante alors qu'elle se porte comme un charme... Elle n'a qu'à prendre des aides ménagères, elle a du pognon, merde ! Jamais je ne pourrais partir en vacances avec votre mère, à cause ce cette vieille comédienne...
 
Je suis heureux d'avoir sacrifié ma vie pour vous mes enfants, mais pas ma retraite à cause de cette vieille saleté qui s'incruste comme un morbac dans les poils de couilles !
 
Ma femme ça lui plait, c'est sa mère... Elle préfère sa mère à moi. C'est son choix !
 
Moi ou votre grand-mère de merde est de trop dans MA maison qui sera VOTRE maison...
 
L'un ou l'autre partira bientôt dans l'au-delà, car je ne sais plus supporter cette situation...
 
N'hésitez pas à demander de l'argent à cette vieille p... pour terminer les études du petit... car il faudra bien qu'elle paye (si c'est elle qui reste), pour réparer le mal qu'elle aura fait...
 
Mais sachez que je vous aime pour toujours...
 
NDLA : Quelques jours après le texte ci-dessus, après plus de sept années de squattage, j'ai ordonné le départ pour le soir même de cette belle-doche de merde ! Ce qui fut fait ! Les voisins l'hébergèrent une nuit. Une des soeurs de mon épouse la pris pour un mois, mais dans des conditions proches du camp de concentration et ne chercha qu'à s'en débarrasser au plus vite en dégoûtant la vieille bique.
Enfin ma meuf lui trouva un petit deux pièces en face de l'hôpital...

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