Je parlais de con...
 
Plus ça va, plus mon bilan se précise. Je pense mieux percevoir ce qu'a été ma vie.
Je confirme que ma réussite fut des plus modestes relativement au bagage pour lequel mes parents se sont saignés.
 Mes "victoires" dont j'étais si fier, heureusement d'ailleurs, car sinon je ne me serais pas obstiné, étaient bien toutes petites mais obtenues avec beaucoup d’opiniâtreté.
Mon niveau de réussite par rapport à ma promotion ? Deux collègues ont moins réussi que moi, mais les autres ont été bien meilleurs.
 
Mon problème, c'est de m'être complu à rester au niveau des pâquerettes. "On" m'a donc jugé opérationnel, mais jamais fonctionnel. "On" devait avoir raison.
 
Hormis mon opiniâtreté, j'ai eu du courage. Cela va d'ailleurs bien ensemble, mais de tous les gens que j'ai côtoyés même les plus travailleurs, aucun n'a jamais manifesté autant de courage que moi, ni pris autant de risques personnels.
 
Pour autant, je n'ai pas été Jean Moulin ni Jeanne d'Arc.
Le fait que je m'en sois toujours bien tiré atténue l'étendue de ce courage. Je crois que j'ai bénéficié d'une grosse dose de chance. Enfin moi, je dis que le ciel m'a beaucoup aidé même si ça offusque tous ces athées prétentieux...
 
Je me suis battu pour la rentabilité, la juste rémunération, l'équité, l'honneur, le respect des exécutants, au nom d'une certaine morale, dans ce microcosme qui a été provisoirement le mien.
 
Une vie de petites réussites, de petites satisfactions, mais un grand échec de 40 ans, en fait.
 
Alors quand je me hasarde à qualifier de con un acteur de cinéma... Qui est le plus con ? Celui qui gagne 10 millions par an et veut les préserver, ou celui qui ne parvient pas à boucler les fins de mois ?