Bouygues avait imposé une règle de sens unique de livraison sur le chantier.

Un collègue avait initié une demande de livraison de la part des entreprises. Certaines déposaient cette demande, d'autres pas.

Résultat : Les deux tiers des camions repartaient non-vidés. Les ouvriers et les chauffeurs se battaient, les conducteurs de travaux gueulaient, mais personne ne faisait ni ne disait rien. Il aurait fallu savoir si on voulait, ou pas, que le chantier se déroule bien ? Il aurait fallu savoir si nous étions là, ou non, pour coordonner la conduite des travaux, c'est à dire pour que cela se passe au mieux ?

Ah, mais non ! Nous étions là pour piloter les travaux, mais pas l'organisation des livraisons. Les livraisons se déroulent sur le chantier, pourtant... Incroyable, mais vrai !!!

Aucun de ces jeunes collègues ne voulait mettre les mains dans le cambouis !

Un jour la moutarde m'est montée au nez ! J'ai pris tout le problème à bras le corps (en plus de mon travail habituel).

J'ai décrété en rendez-vous de coordination, que toute entreprise ne m'ayant pas demandé d'autorisation de livraison aura l'accès refusé !

Peu à peu, même les plus fières et les plus réticentes des entreprises sont passées par moi. Chaque jour, je faisais la circulation, les bottes dans la poussière ou la boue, vociférant et faisant obtempérer les plus récalcitrants.

Même les vigiles du chantier ont relayés mes ordres verbaux, que j’accompagnais d'un ordre écrit revêtu du cachet de mon employeur et de ma signature qui seule (leur avais-je ordonné), ferait foi...

Certes j'y suis allé au culot, mais ça a marché. Avec beaucoup de cris et de coups de gueule, de colères vraies ou simulées, de contextes humains parfois dangereux... Beaucoup d'énergie, de volonté et surtout de fatigue.

 

(A suivre)...