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Le déficit commercial en volume est la pleine mesure de la non réciprocité des échanges entre la France et le reste du monde. Il faudrait mobiliser en France beaucoup plus d'emplois pour produire ce que nous importons, qu'il faut y mobiliser d'emplois pour produire ce que nous exportons. Le nombre d'emplois mobilisés pour produire les biens exportés, porte le nom de contenu en emplois, calculé en volume, des biens exportés. Et le nombre d'emplois qu'il aurait fallu mobiliser en France pour produire les biens importés, porte le nom de contenu en emplois, calculé en volume, des biens importés. Ce nombre peut être différent du nombre d'emplois qui ont été effectivement mobilisés à l'étranger, pour produire les biens importés, puisque les pays étrangers peuvent ne pas avoir les mêmes niveaux d'équipement et de qualification des travailleurs qu'en France. On verra qu'à partir de la balance commerciale en volume, il existe une manière simple et sommaire de calculer ces contenus en emplois. On verra aussi que ce calcul aboutit sur une différence de 2,3 millions d'emplois, entre le contenu en emplois des biens manufacturés exportés et celui des biens manufacturés importés.
Le déficit commercial en volume est aussi la pleine mesure de l'érosion de l'appareil de production, notamment industrielle, de la France, qui est pourtant la seule source à long terme de sa prospérité et de sa puissance. En effet la différence entre le volume de biens et services que nous consommons, et le volume de biens et services que nous produisons, est ce déficit commercial en volume. Ce n'est pas parce que nous consommons moins de biens manufacturés, ou parce que nos techniques de production se sont améliorées, que nous consacrons environ deux millions d'emplois en moins à l'activité industrielle qu'il y a quelques décennies : c'est plutôt, comme il était naturel de le pressentir, parce que nous importons aujourd'hui beaucoup plus de bien manufacturés que nous en exportons.
Le déficit commercial en volume est enfin la véritable mesure de la longueur du chemin de reconstruction que notre économie devra parcourir, quand il viendra l'envie au reste du monde, de cesser de nous vendre comme aujourd'hui, beaucoup plus de biens qu'il ne nous en achète. Ou bien, quand il viendra l'envie au peuple français de s'engager de manière solidaire dans une relation au reste du monde, sans laisser les travailleurs français exposés à la concurrence des pays émergents, sans emploi ou avec des salaires soumis à une pression à la baisse. A ce moment là, les forces qui maintiennent les taux de change très loin de la parité des pouvoirs d'achat, et qui maintiennent l'euro dans son état de surévaluation, s'affaibliront. Par exemple, la banque centrale chinoise cessera d'intervenir pour maintenir la sous-évaluation de son yuan par rapport à l'euro. Ou bien, le peuple français décidera de dévaluer sa monnaie par rapport aux autres monnaies, et/ou mettra en place des droits de douane et éventuelles subventions aux exportations. La puissante force exercée par le déficit commercial en volume de notre pays, aura alors libre cours, et fera baisser la valeur de l'euro, pour la ramener vers la valeur qu'il aurait s'il y avait parité des pouvoirs d'achat. Le déficit de la balance commerciale en valeur se rapprochera alors du déficit commercial en volume, bien plus accentué. Les réserves de change de notre pays fondront alors plus vite, et l'inflation sera plus forte. En un mot, ce sera comme un lent dégonflement, ou un brusque éclatement, de la bulle qui consisterait en la surévaluation de l'euro et en notre déficit commercial en volume. Les échanges commerciaux revenant alors, doucement ou brusquement, vers leur valeur fondamentale que serait l'équilibre des balances commerciales en volume, et les taux de change revenant vers leur valeur fondamentale qui serait un état de parité des pouvoirs d'achat. Plus nous attendrons sans rien faire, sans avoir recours à des droits de douane, éventuelles subventions aux exportations, et/ou à des dévaluations, et plus la bulle qui se dégonflera ou éclatera sera alors volumineuse, et plus longue sera pour nous la reconstruction.
 
En 2008, le déficit commercial en valeur de la France, représentait 3,6% de son PIB en valeur. Selon l'estimation que j'ai faite, cette même année 2008, le déficit commercial en volume de la France représentait quant à lui 10,9% de son PIB en volume.
Pour ce qui concerne seulement les échanges de biens manufacturés de la France avec les pays émergents, le déficit en valeur de la France représentait 0,6% de son PIB en valeur, alors que son déficit en volume représentait 5,7% de son PIB en volume.
Enfin, pour ce qui concerne seulement les échanges de biens manufacturés, mais cette fois avec tous les pays du reste du monde, le déficit commercial de la France représentait par rapport à son PIB, 1% en valeur, et 7,6% en volume.
Dans la suite de ce texte, je donne le détail de la balance commerciale en valeur de la France en 2008, ainsi que le détail de l'estimation que j'ai faite de sa balance commerciale en volume cette même année. Ce faisant, je montre aussi comment une estimation de la balance commerciale en volume, peut se calculer à partir de la balance commerciale en valeur. Puis je montre comment on calcule le nombre d'emplois mobilisés en France pour produire les biens exportés, et le nombre d'emplois qu'il aurait fallu mobiliser en France pour produire les biens importés. Enfin, j'essaie de voir comment, au delà d'une compréhension intuitive du concept de volume réel, il est possible de lui donner une définition précise, et j'essaie d'évaluer la qualité des approximations que j'ai calculées.