Ecrit le 3 mai 2009
 

GSM


Il avait appris la notion du bien et du mal. Il l'a appliquée toute sa vie… 
 
Et qu'est-ce que ça lui a rapporté ?
 
- Quand il refusait d'être le mouchard du patron ?
- Quand il refusait d'avoir des subalternes mouchards, étant suffisamment attentif à la réalité des choses ?
- Quand il donnait des primes aux ouvriers, primes qui étaient refusées par la direction au motif qu'elles dépassaient la norme, alors que son service avait la meilleure rentabilité de toute la boite et qu'il se battait jusqu'au chantage pour les obtenir ?
- Quand il bataillait pour la possibilité de parler d'égal à égal avec le client, dans un climat de confiance et d'honnêteté mutuellement apprécié, alors que ses dirigeants préféraient la mollesse d'une soumission, dans laquelle le parler correct cachait la réalité des situations et menait à la catastrophe ?
- Quand il ferraillait pour améliorer des processus caducs, auxquels les cadres dirigeants s'accrochaient comme des naufragés à une épave ?
- Quand sur des chantiers il a pris des risques physiques importants, permettant le meilleur déroulement et la satisfaction de toutes les entreprises, alors qu'il était mal vu de « descendre » dans l'arène comme un « vulgaire » exécutant ?
- Quand il distribuait des journées de vacances supplémentaires à des subordonnés auxquels on n'avait plus le droit de donner de prime (du temps de Raymond Barre, le plus mauvais économiste de la planète) ?
- Quand il a couvert des subordonnés, contre les sanctions injustes d'une direction aveugle, au prix de son propre poste ?
- Quand il a tenté la notion d'objectif zéro mort dans une armée figée dans ses vieux réflexes, qui l'a traité de révolutionnaire puis lui a demandé conseil trente ans après ?
- Quand il a arrêté un cambrioleur armé dans les bureaux de son employeur,  geste récompensé par un blâme ?
 
Quelque part sur terre, certains ont peut-être un souvenir attendri de lui. Il a été fier, de n'être pas comme le modèle standard et d'avoir fait ce qu'il a fait, parce qu'il pensait que c'était « bien » !
 
Mais aujourd'hui… Quand il se retourne sur son parcours… Qu'a-t-il récolté ?
 
Des avertissements, des licenciements, du chômage, des reconnaissances tardives de sa clairvoyance, mais après avoir été sanctionné…
Il ne reste en fait que les sanctions, puisque les reconnaissances n'ont été que verbales.
 
Tous ses collègues ont obéi servilement en mettant leurs idées et leur conscience de coté.
Et maintenant, ceux-ci ont réussi dans la vie… Aisés, reconnus, ils font appliquer à leur tour les iniquités qu'on leur faisait faire auparavant…
Ils dorment bien, sans remords…
 
Qui avait raison ?
 
Eux !
 
Alors, quand on vient lui parler de « bien », il voit rouge !… Il a déjà donné !… Le « bien » n'a rapporté que du « mal ». Ça suffit comme ça !