29 avril 2018

Mort de mon héros (21 février 2005)

GSM

Le lendemain, la famille était rassemblée autour du lit, dans la chambre 26 de l’hôpital.
Il y avait la mère dans sa chaise roulante, qui regardait le sol et semblait n’exprimer aucun sentiment, le fils ainé, la fille et la petite fille…
Seul manquait le plus jeune des fils, qui était sur l’autoroute blanche de la neige tombant à gros flocons…
 
La fille s’approcha de sa mère par derrière et se mit à l’accuser de ce qui arrivait, à la culpabiliser de ne pas pleurer et elle se mit à secouer le fauteuil roulant en scandant ses mots qui devenaient bientôt des cris de haine…
 
Le fils qui s’était contenté, avec l’aide de sa nièce, d’essayer de lui dire de se calmer et de respecter la solennité de l’instant, attrapa sa sœur et lui envoya une paire de gifles magistrales…
 
Sa sœur continua un moment ses vomissements de haine mais sans toutefois secouer la mère qui s’était mise à pleurer…
 
Puis le silence revint peu à peu… Chacun parlait en chuchotant devant l’homme qui respirait faiblement, les yeux fermés et la bouche ouverte… Chacune de ses inspirations de plus en plus faibles était ponctuée de graillonnements…
 
Le médecin de garde expliqua que l’eau avait envahi les poumons…
 
Soudain, il y eut un moment comme magique, comme surnaturel… Ils se regardèrent tous les uns les autres, sans comprendre ce qui se passait. Un peu comme si la tristesse avait disparu, comme s’ils étaient ailleurs, dans un autre contexte, sans mort qui plane, dans la vraie vie…
 
Puis, après ce bref instant, ils revinrent à eux, ils scrutèrent leur mari, leur père, leur grand-père…
 
L’ainé soudain, pointa son index tremblant : « Il ne respire plus ! ».
Sa cadette tenta de capter le souffle, puis de prendre le pouls, en vain.
« Papa est mort ». Il était 20h17. C'était le lundi 21 février 2005…
 
Il alla prévenir les infirmières, puis revint. Il lui semblait que ses jambes ne le portaient plus…
Il s’était pourtant préparé depuis longtemps à cette échéance fatale. Il ne comprenait pas pourquoi cela faisait pourtant si mal…
Tous pleuraient à chaudes larmes, sauf la mère qui était triste, mais sans larme et contemplait le sol, résignée sur 58 ans de vie commune qui s’achevaient…
 
Son téléphone vibra, il le sortit de la poche et répondit. C’était son frère, qui lui déclara glisser sur la neige de l’autoroute et lui demanda comment leur père allait…
Il fit un énorme effort sur lui-même pour maitriser le ton de sa voix et lui répondit que tout allait bien, de ne pas se presser, de rouler en toute sécurité…
 
Il raccrocha en espérant que son petit-frère lui pardonnerait ce mensonge…
 
Sa sœur enleva l’alliance du père mort et la donna à leur mère. La mère insista pour la donner au fils ainé…
 
Il la porte toujours, depuis ce si triste soir…

Posté par zalandeau à 09:47 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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