GSM

Ecrit le 8 avril 2018
 
Souvenirs…
 
Dans les années 82 à 86, Dans le service où je travaillais, j’avais un ouvrier Marocain nommé Kaya… Il travaillait vite et bien… Nous nous entendions merveilleusement bien. D’ailleurs il préférait de beaucoup travailler dans mes équipes que dans celles de mes collègues… Quand je lui offrais un verre au bistrot, il prenait de la limonade.
 
Parmi nos sous-traitants, il y avait un Mohammed Ben Slimane… Gentil comme tout, le cœur sur la main, nous le surnommions la ‘pompe à bière’… Il refusait tout chantier s’il n’y avait pas au moins un bistrot à proximité… Et il n’éclusait que de la bière du matin jusqu’au soir. Mais entre deux allers et venues, il bossait dur et ses ouvriers aussi…
 
Dans les années 87 à 91, une partie du personnel de la boite où je travaillais, mangeait le midi dans un petit restau de quartier à Vitry sur Seine… Le patron que nous appelions « Momo », se prénommait en fait Mohammed. Il nous racontait des vannes avec son accent de Titi Parisien, tout en sirotant un apéro avec ses clients. Instruit, d’origine Marocaine, mariée avec une Française, il avait vraiment une attitude de parfait gentleman… Le chômage dans l’informatique l’avait amené à se mettre à son compte dans la blanquette de veau et le jambon persillé… J’éprouvais beaucoup de sympathie pour cet homme.
 
Dans les années 97 à 99, j’avais embauché mon ami Michel… Un jour je l’invite dans un bistrot de routiers à Bonneuil… On y dégustait un couscous maison délicieux… Les clients le sollicitaient « Momo » par ci, « Momo » par là… Quand ce dernier vint à notre table, mon ami et subordonné Michel lui demanda : « Momo ? Je parie que vous vous appelez Maurice ? »… Grand éclat de rire général… C’était ‘Mohammed’ bien sûr ! Que Michel était naïf… Il n’était jamais sorti de son cocon et ne savait pas que le premier fils d’une famille musulmane est souvent prénommé ‘Mohammed’ et pourtant il baignait dans le monde du bâtiment depuis si longtemps… Pourtant, cela se voyait et s’entendait que le gars avait peu de chance de s’appeler Maurice…
 
En 95 ou 96, j’ai fait un chantier dans le couvent des Carmélites derrière le sacré cœur. J’avais avec moi, un intérimaire Malien et musulman bien sûr…
Tous les midis la sœur supérieure nous invitait à manger dans une salle de réfectoire réservée à cet effet… Un jour elle offrit du fromage, genre cantal… Le Malien me demanda dans le tuyau de l’oreille si ce n’était pas du Hallouf ! J’eu bien du mal à lui expliquer que ce n’était pas de la viande et que c’était fait avec du lait de vache… Vache étant un mot inconnu de lui, j’essayais avec ‘zébu’ puis avec ‘buffle’ : Visiblement le lait de leurs bufflonnes était consommé d’autres manières qu’en Fromage comme nous le faisons chez nous… Mais il finit par comprendre et par consommer de ce fromage qui était, disait-il ‘très bon’…
Un jour, sur une terrasse sur laquelle donnaient les fenêtres d’une salle… Mon Malien (dont je ne me souviens décidément plus le nom), regarde avec insistance, une fidèle agenouillée sur un prie-Dieu, face à la sœur supérieure… Quand je m’aperçus du manège je lui ai dit de cesser de regarder ainsi, c’était une curiosité impolie ! Il me demanda alors « Mais la dame, là (désignant la sœur), ce n’est pas un Marabout ? »… Je tentais alors de lui expliquer qui, quoi, comment et pourquoi… Cela le rassura…
Nous rigolions beaucoup et assez souvent…
Par exemple , une fois, en sortant de table et sorti dehors, il rote et dit « Abdulla »… Bien , bien, ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd !… Alors comme j’étais aussi farceur que lui… Quand nous fûmes remontés sur la terrasse et qu’il était accroupi pour faire son travail, le passais devant lui, lui tournant le dos… Je pétais bien fort et de façon à lui faire profiter de l’odeur et je lui dis tout de go : « Abdulla »… Il se mit à éclater d’un rire qui ne semblait jamais devoir finir et puis tenta de m’expliquer entre deux bouffées de rire, que « Abdulla », c’était pas avec « PRRRT », mais avec « RRRRR »… Ce que je savais fort bien mais je n’avais pas pu résister…
 
Combien de dizaines d’autres anecdotes d’une époque où on ne parlait ni d’islam, ni de dogme et où l’origine des gens n’avait aucune importance… Il n’y avait aucune haine, aucune acrimonie. Seuls le travail, la bonne humeur et la grosse déconne étaient un langage international permettant la communication et la compréhension entre les hommes…