10 mars 2018

Cauchemars

GSMEcrit le 4 décembre 2014.

Je parle plus souvent de mes rêves que de mes cauchemars. Je fais d’ailleurs peu de cauchemars. Certains de ceux-ci sont absurdes, incompréhensibles et s’évacuent dès le réveil. D’autres sont récurrents et inquiètent car on finit par penser qu’ils sont prémonitoires, jusqu'au moment où l'on finit par s'habituer. D’autres encore sont des souvenirs qui reviennent…
 
Celui de cette nuit était un ancien traumatisme. Un évènement vrai. Un de ces épisodes dont chacun se remet différemment. Certains, dans des cas extrêmes, finissent à l’asile, d'autres revivent mille fois les affres de l’horreur ou sombrent dans l'alcool. Certains finissent par oublier quelque peu. D’autres encore, comme mon père et moi-même, ont eu la chance que leurs cerveaux aient occulté leurs anciennes émotions en se mettant exclusivement au service de leur présent et en ignorant les mauvais souvenirs.
 
Tout est revenu en 2006. J’ai essayé d’en parler à ma femme à mes gosses. Les oreilles se fermaient. Nulle écoute. Personne ne veut écouter ce qu’il ne veut pas croire, ce qu’il ne veut pas entendre. Par ailleurs, les choses sont si difficiles à dire. On étouffe de ne pas pouvoir s’exprimer, de ne pas pouvoir se libérer de ne pas évacuer ce stress accumulé qui refait surface.
 
Alors j’ai écrit, seul moyen d’évacuer, seule assistance psychologique que j’ai pu m’inventer. Mon père, lui, avait eu une personne pour l’écouter : moi, cinquante quatre ans après les faits. Il a raconté, à moi, seulement à moi, le choc des combats qu’il a livré en mai 40 et le carnage qui s’en ait suivi le long de la Meuse. Ni mon frère, ni ma mère, ni ma sœur ne savaient rien. Il n’avait jamais essayé de leur parler, parce qu’il savait qu’il n’aurait pas leur écoute. Mais avec moi, il a eu confiance.
 
Pour mon cas, ce fut très différent. J’ai tout d’abord essayé, verbalement, mais je n’ai rencontré que négation, fuite, envie de ne pas savoir. Quand j’ai fini d’écrire mon histoire, ils ne l’ont pas lue, ils n’ont pas voulu. Mes proches ne savent finalement rien de ce que j’ai vécu.
 
Sur mon clavier, je tourne également autour du pot ; je ne dirai pas l’extrait de ma vie, que mon cauchemar m’a fait revivre. Cela serait tellement traîné dans la boue par certains antimilitaristes épris d'idées chimériques sur la bonté des hommes. Article par article, cette période de ma vie est restée très confidentielle. L’objet de mon cauchemar passe inaperçu comme un simple texte, une simple action, une simple autodéfense, une simple question de survie, légitime, logique, incontournable…
 
Je crois que je ne veux pas à nouveau parler de ce moment aujourd’hui, parce que le monde ne veut pas entendre ni comprendre ce qu’il veut ignorer ou même ce qui pourrait salir son arrogante certitude ou entamer son indifférence.
 
Finalement, Pourquoi viens-je d'écrire ce texte ? Parce qu’il y a eu ce cauchemar, que je n’avais pas eu depuis longtemps, parce que je voulais m’en libérer à nouveau sans toutefois, par pudeur, aller jusqu’au bout…
 
C’est débile, ça ne sert à rien, à quoi bon ?
Si ! Cela va mieux quand même. Cela libère telle une soupape.
Après tout, je n’ai pas subi de bombardement comme mon père, je n’ai pas vu mes camarades se faire massacrer. Je n’ai qu’un petit traumatisme, finalement. De quoi me plaindrais-je ?

Posté par zalandeau à 09:47 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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