GSM

Pas de difficulté en classe, malgré que j’crevais de faim… Et, voilà. Quand j’étais bien nourri, ben…
A l’âge de onze ans, en r’venant d’l’école à midi, j’suis tombé par terre. J’ai pas pu me relever… Et mon frère Jean, en retournant à l’école après manger, m’a trouvé au bord du fossé, là. Il m’a ramassé, il m’a emmené… Il m’a emmené chez ma marraine… Et pendant huit jours, ils ont fait venir une fois l’docteur. J’étais entre la vie et la mort, hein !
J’avais une fièvre, j’ai eu une très grosse fièvre pendant une semaine… Et puis, à la fin c’était… J’avais grandi d’un seul coup, je sais pas, heu… parce que quand je me suis levé au bout de huit jours, une bonne semaine, tous mes vêtements étaient trop petits.
 
Enfin personne n’y a rien compris, l’toubib non plus et moi non plus. C’est comme ça !... Ouais !...
 
Aie-aie-aie ! Et pis ma foi, j’ai vécu là, quelques années, chez ma Marraine… Malgré qu’il y  avait sa fille Gabrielle et Ernestine qui me piffraient pas trop… Passque ma Marraine me donnait toujours raison. Elle avait quand même pitié d’un môme qu’avait pas d’parent, tout ça !
 
Les autres, ils s’en foutaient, hein !... Ca les embêtait qu’elle m’avait, moi. Moi, je la considérais un p’tit peu… qu’elle me remplaçait ma mère, hein ? Voilà !
 
J’ai fait ma communion chez elle. J’ai été baptisé la veille. Cette pauvre Marraine. Elle, elle, elle est descendue pour, pour mon baptême, pour me servir de Marraine, mais quand elle est arrivée, c’était fini. C’était déjà fait depuis ! Pauvre…
Le lendemain, j’faisais ma communion, enfin, bref ! Tout ça !
 
J’ai passé mon certificat d’études et, voilà ! Au lieu de continuer mes études, pour être instituteur, ben, j’ai préféré partir avec mon frère Jean… S’en aller parce que je me sentais trop seul ! Je voulais être près de mon frère Jean ! Comme ça… Remarque si c’était à refaire, je pense que j’serais, J’aurais été comme si…j’aurais continué mes études. Parce que mon frère Jean, j’m’en suis aperçu beaucoup trop tard, il était absolument égoïste ! J’l’aimais tellement, que ça m’en aveuglait. J’le voyais même pas. Enfin, voilà, c’que c’est qu’la vie !
 
J’ai passé toute mon enfance, à Heugueville, dans la Manche, sans avoir jamais eu un jouet… Et, je me… fabriquait moi-même… les jouets… avec des boites de cirage comme j’ai dit, des morceaux de bois, des… des, tout c’qu’on veut, quoi !
 
Et puis… Si ! Je portais l’lait chez madame Rouland, tous les matins puisque ma Marraine, elle avait des vaches, des lapins et elle avait pas mal de poules, tout ça ! Elle m’a jamais fait travailler, elle, hein !
Elle m’a jamais forcé à travailler, alors hein, c’était une femme fantastique ! Pauvre, mais bon cœur !... Et, elle vendait son lait à madame Rouland, qu’était à coté d’l’école, l’épicerie. J’portais tous les matins et elle me donnait dix sous la semaine… Dix sous la semaine ! Et… un p’tit paquet d’bonbons, des p’tits œufs, que j’donnais à ma marraine, parce que… j’aimais bien les bonbons aussi, comme tous les gosses, mais, j’trouvais qu’ma Marraine était tellement… formidable, fantastique ! Pauvre comme elle était, elle me gardait quand même. Alors je lui donnais les bonbons. Comme ça, elle suçait les bonbons, elle se faisait bonne bouche en se couchant la nuit. Elle aimait se faire bonne bouche de temps en temps et j’les lui donnais, moi. Bon, bref !