GSMAoût 2014

Notre fils ainé est reparti mardi dernier. Pour nous les vacances sont finies. Nous étions contents de le voir avec nous, même s’il était plus souvent avec ses copains d’enfance, comme à chaque fois qu’il vient. Il est si dévoué, si gentil. Il nous a cuisiné des recettes à lui, qu’il nous a mijoté, même si j’étais un peu horrifié par le prix des ingrédients qu’il m’a fallu débourser… Il nous a aidé et a rangé la salle de bains, plusieurs nuits de suite (six sacs poubelles à jeter)… Et poutant, il y a toujours auttant de bordel, c'est à n'y rien comprendre !
Nous l’avons donc accompagné à la gare ce jour-là. Et quand le train a démarré, Ma femme était émue et moi, j’ai carrément pleuré… Ce n’est pas la première fois et surement pas la dernière.
 
Il y a plus de dix ans, c’était mes parents qui pleuraient à leur portail en nous regardant partir. Nous, bien qu’émus, nous étions contents de retourner chez nous.
 
La roue tourne. Je suis maintenant le patriarche d’une lignée qui s’arrêtera probablement à mes enfants. L’horloge tourne inexorablement et à mi-août, mon cœur prend déjà ses quartiers d’hiver.
 
Je sais à présent très exactement la vie qu’à mon ainé dans cette grande ville. Un revenu de misère, beaucoup d’heures de travail, aucune sécurité d’emploi, une vue qui baisse, un achat de lunettes différé depuis des années...
Heureusement qu’il n’a pas de charge de famille, heureusement qu’il est optimiste.
 
Mais je suis si inquiet. Sa survie est si précaire. Il se passe parfois de manger, ne nous le dit pas, mais un relevé de banque qui trainait et le non-contenu de son frigo nous en ont appris bien plus qu’il ne veut nous dire.
Lui si généreux, qui a rapporté des jeux, des livres à ses frères, qui s’est privé pour eux, alors qu’il n’a pas un flèche…
 
Alors, je pleure de plus belle, j’ai honte d’exister, ma vie a été et est inutile.
 
Alors il est parti… Je souhaite si fort qu’un jour il puisse progresser et avoir une vie « normale », avec un foyer, éventuellement des petits loupiots, mais surtout un avenir…
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C’est l’hiver et je vais prier, car il mérite d’avoir sa chance. « Aide-toi, le ciel t’aidera ». Il s’aide beaucoup et je pense que son Papy, de là haut, lui enverra le coup de pouce. Mon père m’a promis qu’il serait toujours là dans l’au-delà pour nous. Il y aura le déclic, ce que tout un chacun appelle : "un coup de pot", "le hasard" ou "le cul bordé de nouilles"…
 
Les vacances sont finies.
Début d'un nouveau récit biographique dans les inclassables :