01 octobre 2016

Le mérite et la reconnaissance

GSM

Est-ce une chronique ?... Je crois finalement que oui, puisque jamais le développement de ces notions n’a eu autant de pertinence depuis des années…
 
L’homme n’a pas seulement besoin de son individualisme pour s’individuer… En fait, il a dans la plupart des cas, besoin de ses rapports à la société pour se construire et s’apprécier…
Comme Axel Honneth, je pense qu’il y a trois dimensions à notre rapport à l’autre…
 
- La première est l’amour, réservée aux proches, famille, amis, copains… Où l’on trouve une reconnaissance mutuelle sur le plan du sentiment…
- La seconde est la dimension juridique et politique, où contrairement à l’ancien régime, l’individu recherche une égalité de traitement qui le hisse à la hauteur de tous et le mène au respect de soi.
- La troisième valeur est l’estime sociale. Nous avons tous besoin, dans des proportions variables selon les individus d’une considération qui nous assure de nos qualités particulières. Cette valeur qui a toujours existé, était dans l’ancien temps basée sur la sagesse, le savoir, la compétence… Quel savant, quel philosophe n’était-il pas estimé et respecté… Car c’était là le ciment d’une société où le respect était mérité pour des qualités bien précises, avérées ou non, mais diverses…
 
Bien entendu, l’équilibre de chaque individu, dépend de la qualité de ces trois dimensions de reconnaissance… Un amoureux qui vit un coup de foudre, a moins besoin d’égalité ni de reconnaissance sociale, étant suffisamment comblé par cette reconnaissance amoureuse qui le satisfait…
A contrario, beaucoup de gens recherchent la reconnaissance sociale. Celle-ci implique un mérite social. Or l’évolution sociétale capitaliste et financière fait émerger une méritocratie basée sur l’argent et le pouvoir nécessaire pour acquérir cet argent qui en est le signe ostentatoire… Les compétences, le savoir, la sagesse, le savoir-faire ne sont plus ni valeurs, ni mérites, ces notions n’ayant plus cours…
 
Donc, le mérite est institué par le haut… Le libéralisme instille des notions financières du mérite de chacun, sur sa performance de rentabilité uniquement financière. Cette mise en concurrence des salariés, dévoie totalement la reconnaissance de chacun par ses pairs, chacun étant uniquement occupé dans son égoïsme et son intérêt… Ceci amplifie chez chacun ce besoin de reconnaissance insatisfait et ce besoin d’argent, dont chacun sait qu’il devient le seul moyen de « paraitre » et ainsi d’être « reconnu »…
Ainsi, ceux qui défendent ce type de mérite, sont ceux qui sont en position de profiter de sa valorisation et donc, une manière de revendiquer publiquement les rétributions que l’on voudrait attribuer à soi-même… (Il n’est que de voir le discours de Sarkozy sur la récompense du mérite et son augmentation de salaire personnelle décidée unilatéralement)…
 
Le corollaire de cette reconnaissance dévoyée et dévolue avec contention au mérite unique de la richesse, est l’accaparation de l’égalité citoyenne par l’élite du pouvoir et de la ploutocratie… Ainsi ces gens se sentent égaux, mais « plus égaux que les autres », c'est-à-dire, qu’ils sont prêts à revenir sur les principes de la république afin de préserver leur liberté de faire leurs petites affaires sans subir les inconvénients d’une justice aveugle et d’une égalité politique et juridique avec des « gueux », aux idées différentes et aux bourses vides…
 
Parallèlement, la république n’a jamais autant exclu qu’actuellement (comme je l'ai dit par ailleurs), toujours dans cette pensée unique du mérite dévoyé…
 
Il est assez facile d’expliquer, comment des catégories sociales, exclues car n’ayant pas de mérite, n’ayant pas de reconnaissance sociale, voyant que l’égalité n’est plus qu’un mot, comment dis-je, pourraient-ils avoir envie de se comporter en citoyen ? Comment ne se formerait-il pas des communautarismes, qui sont le seul moyen à ces gens d’avoir une reconnaissance au moins communautaire ?
 
……….
 
Il est nécessaire par conséquent, de rétablir le mérite à ses valeurs traditionnelles et ancestrales, la reconnaissance de chacun sera plus juste et ainsi on évitera l’exclusion et l’éclosion du mécontentement et de la violence…
 
Mais peuvent-ils comprendre, ces gens d’en haut, aveuglés par l’argent et par la lumière de leur propre vanité ?...

Posté par zalandeau à 15:28 - Commentaires [4] - Permalien [#]
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